09 octobre 2014

Génération « quadras » : qui sont-ils vraiment ?

Ils ont entre 40 et 50 ans  et sont nés entre 1964 et 1974. C'est la génération qui encadre les événements de mai 68 ! Les quadras représentent aujourd'hui 14 % de la population et un quart des actifs, ils ont grandi avec l'assurance que leur vie serait meilleure que celle de leurs parents. Qu'en est-il vraiment ?

Ils ont connu l'immobilier plus accessible

Ils ne le savent pas toujours, mais pour certains d'entre eux, ils ont eu beaucoup de chance... Ils ont pu accéder plus facilement que les générations suivantes à la propriété de leur premier logement. « Ceux qui ont pu se lancer dans leur premier achat immobilier à 30/35 ans, à la fin des années 90, ont profité d'une opportunité très favorable», explique Jean-Claude Driant, professeur à l'Institut d'Urbanisme de Paris. Et il ajoute : «à cette époque, les prix des logements avaient baissé de 40 %... Pour ceux qui ont acheté, ça a été le jackpot.. » Monique, 46 ans, est infirmière près de Marseille : « Avec mon mari, nous avons acheté en 1998 un terrain nu et fait construire une maison... Dix ans plus tard, nous l'avons revendue avec une belle plus-value !» Les quadras qui ont pu le faire ont donc investi dans l'immobilier au meilleur moment. Ensuite, quand ils ont revendu puis racheté, ils ont pu se constituer un apport personnel conséquent grâce à la plus-value réalisée. En revanche, aujourd'hui en 2014, on vend beaucoup moins. Et la quarantaine n'est pas l'âge où l'on bouge : selon une étude BVA publiée début 2014, seuls 20 % des 35-49 ans projettent de déménager pour s'installer à la campagne contre 30 % pour les 15-34 ans.

Les premiers à supporter les emplois précaires

C'est la génération qui a toujours connu la crise et les premiers emplois précaires massifs : 31,6 % ont débuté leur carrière par un CDD ou une mission d’intérim : ils n'étaient que 15 % en 1982. Les 40-49 ans ont eu un avant-goût de ce qui est devenu la norme : un marché du travail très flexible, où les diplômes protègent de moins en moins du chômage et qui entraîne une peur tenace du déclassement.«Nous sommes nés dans le cadre assez confortable de la fin des Trente Glorieuses, explique Franck, 48 ans, transporteur routier dans le Vaucluse, marié à une infirmière, mais dès que nous avons commencé à travailler, nous nous sommes pris la crise dans la figure ». Dans le secteur privé, les quadras ont des carrières plus chaotiques que celles de leurs aînés : la moitié d’entre eux ont connu au moins une période de chômage, contre seulement un quart de leurs parents.

La génération « familles recomposées »

Les quadras n'ont pas inauguré le divorce à grande échelle, leurs parents ont connu ce phénomène avant eux. Le nombre de divorces à décollé dès 1970 (38900) pour exploser en 1985 (105 000) et augmenter jusqu'en 2005 (132 000). Depuis le chiffre est resté stable. « Ce qui a changé, explique Hervé, infirmier en région parisienne, c'est que le divorce s'est banalisé, il est moins honteux qu'avant...». Pour l'INSEE la part des familles recomposées reste constante depuis 1990 (10 %), comme celle des familles monoparentales (20 %). « J'ai rencontré Isabelle, ma nouvelle compagne, il y a 8 mois », raconte encore Hervé, « mais nous n'habitons pas sous le même toit. Nous ne sommes pas pressés alors que pour les générations précédentes, c'était impensable ! J'ai trois fils d'un premier mariage, Isabelle a aussi deux garçons, et tous les 15 jours, on se retrouve tous ensemble... » Pour Brigitte, 43 ans, secrétaire dans un CHU de Seine-Maritime, les quadras de 2014 sont bien moins sages que ne l'étaient leurs parents : « Nous avons grandi avec l'assurance de nos parents que notre vie serait encore meilleure que la leur... En fait, nous sommes surtout plus imaginatifs qu'eux. A 40 ans, mes parents étaient déjà installés dans leur vie et elle n'a pas changé. Leurs amis étaient issus de leur milieu social et professionnel. Ma vie familiale à moi est une cellule sans père ni mari à la maison. Et je viens de quitter la province pour m'installer à Paris... »

Leurs enfants pas pressés de quitter le nid familial

Les « quadras » d'aujourd'hui ont quitté le cocon familial à la fin de leurs études, dès qu'ils ont pu s'assumer financièrement, mais leurs enfants ont tendance à rester plus longtemps chez papa et maman. «Moi je viens d’une autre génération, où tu réussis lorsque tu pars de chez toi, et le plus tôt si possible», explique Catherine, aide-soignante en Normandie, et mère de trois enfants. Mais les temps ont changé. «À l’issue de son master d'économie et de son stage, ma fille a été recrutée mais elle n’a pas du tout envie de partir, ça ne lui effleure même pas l’esprit», s’étonne encore Catherine. Est-ce la crise qui retient les jeunes à la maison ? Au dernier trimestre 2013, le taux de chômage des jeunes atteignait 24%. «Les quadras ont joué le jeu de l'entrée rapide dans le monde du travail en investissant dans leurs études», explique la sociologue Cécile Van de Velde. Mais en 2014, le travail devient de plus en plus incertain. Résultat : «aujourd’hui il y a une prise de distance des jeunes qui se demandent pourquoi investir dans des études lorsqu’ils peuvent créer leur propre chemin». Rester au chaud dans le cocon familial peut permettre de lancer des projets sans courir un réel danger financier.

La génération des révolutions culturelles

Le « quadra » est celui qui a vécu le plus de révolutions technologiques, avec la généralisation du téléphone mobile, d'internet, la fin du CD au profit du MP3 et même la création de la carte à puce ! Et cette révolution s'est étendue bien sûr au cadre professionnel : « Pour moi, le passage n'a pas été naturel, contrairement aux nouvelles générations qui sont nées avec le web. Entre le fax que j'utilisais quand j'ai commencé à travailler et internet, c'est tellement différent... » explique Franck, cadre administratif dans un hôpital du sud de la France... Contrairement à leurs propres enfants, les quadras ont dû apprendre à utiliser les nouvelles technologies, rien n'était acquis. Les années 80, celles de leur adolescence, étaient bercées par une envie irrépressible de progrès, et de nouveauté. Avec un besoin d’indépendance fort, de la part des femmes bien sûr (les fameuses "working girls"), mais aussi de la société en général. Les quadras ont été marqués par des figures aussi emblématiques et diverses que Coluche, l'inventeur des « Restos du Coeur», Pierre Desproges et son humour caustique, Dorothée et ses concerts géants, Casimir et son Ile aux enfants, Daniel Balavoine le chanteur au grand coeur, ou Véronique et Davina et leur Gym Tonic du dimanche matin à la télévision ! Logiquement, le quadra reste aujourd'hui très nostalgique de ses années d'adolescence, de la musique disco, des objets « vintage »... « C'est vrai, reconnaît Franck, c'est allé tellement vite que je retournerais volontiers en arrière... » Histoire de retrouver sa jeunesse qui s'éloigne un peu trop vite à son goût ? Pas seulement : «je suis très inquiet pour mon avenir, et pour celui de mes enfants, toutes ces économies qu'il va falloir faire, je ne vois pas d'amélioration se dessiner à court terme, s'inquiète encore Franck, ce retour aux années 80, c'est un peu un retour à une époque où tout paraissait possible... »
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