05 mars 2015

« Spécial journée de la femme » : Comment le rôle de l’infirmière a changé avec le statut de la femme !

A l’occasion de la journée de la femme, célébrée le 8 mars, nous nous sommes penchés sur l’évolution du rôle de l’infirmière depuis la fin du 19ème siècle. En plus de 100 ans, ce rôle a considérablement évolué, calqué sur l’évolution du statut de la femme dans notre société. Il a fallu un siècle pour que l’infirmière « qui prenait soin… » devienne une professionnelle responsable « qui fait des soins » !

 

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les religieuses ont le quasi-monopole des soins. Mais les découvertes de Pasteur, les progrès de la médecine et des techniques médicales impliquent de nouveaux gestes d’hygiène et de stérilisation. Il faut former le personnel hospitalier pour aider les médecins. C’est à ce moment là qu’apparaît officiellement l’appellation « infirmière ». Lors d’une distribution de prix en 1905, le corps médical décrit l’infirmière ainsi : «Nous la choisirons autant que possible parmi ces vaillantes filles du peuple qui, à force d’intelligence et d’énergie, sont parvenues à s’instruire. (...) Nous la désirerions mariée et mère de famille, car il est des délicatesses de sentiment pour les faibles et les enfants qui ne s’épanouissent complètement que dans les coeurs des mères…» C’est clair : à cette époque, le rôle de l’infirmière est calqué sur celui de la femme au foyer. On lui demande de faire preuve de « soumission, compétence ménagère et dévouement » ! Le diplôme d’infirmière d’Etat est créé par décret en juin 1922. Mais à cette époque, le savoir technique reste entièrement entre les mains du médecin. L’infirmière reste au service de ce dernier, et son rôle s’en trouve restreint.
Voici comment un manuel de formation de l’époque décrit son rôle : «Seul le mode d’administration doit être connu de l’infirmière. Elle ne doit en aucune façon chercher à connaître ce que le médecin prescrit, poser des questions indiscrètes et ne solliciter à ce sujet aucune explication du pharmacien dont le devoir est de tenir caché ce que le médecin n’a pas voulu qu’on sût » En résumé : l’infirmière est là pour aider, pas pour comprendre !

Avec la Première Guerre mondiale, les infirmières deviennent des héroïnes

Avec la Première Guerre mondiale, la place des infirmières va évoluer. Dès 1915, l’organisation de la chirurgie d’urgence au front implique un changement de statut des infirmières qui «vont au devant de ces missions, dangereuses… » Elles ne sont plus en retrait. Leur image change. Des figures emblématiques apparaissent. La britannique Florence Nigthtingale (1820-1910) restera pour toujours la pionnière des soins infirmiers modernes. En développant, au sein des hôpitaux anglais, de nouvelles règles d'hygiène et d'asepsie, elle donne une assise professionnelle au métier d’infirmière. C’est elle qui définit à l’époque les principes et les procédures qui régiront à l'avenir les soins infirmiers. Autre figure incontestée : la Française Léonie Chaptal (1873-1937) ouvrira sa propre école en 1905 en défendant l’idée que « la maladie est la science du médecin, la connaissance du malade relève de la compréhension de l’infirmière... »
La représentation de l’infirmière, à cette époque, est celle de la Croix-Rouge. Elle inspire la douceur et le dévouement, le bénévolat, l’obéissance et la discipline militaire, mais aussi une compétence qui reste restreinte à un rôle d’auxiliaire.
La Seconde Guerre mondiale marque le début de l’affranchissement de l’infirmière vis-à-vis des médecins. Les nouvelles thérapeutiques développées (antibiotiques, examens biologiques), et leur banalisation progressive, obligent à multiplier les gestes techniques (piqûres intraveineuses, sondes, prises de sang) au point que les médecins ne peuvent plus les assumer seuls. Dans le milieu hospitalier, l’infirmière va peu à peu apprendre ces gestes qui vont très vite être baptisés « soins infirmiers »…

Années 70 : le rôle de la femme dans la société change, celui de l’infirmière aussi !

Dans les années 60, celles qui prodiguent ces fameux soins infirmiers ne forment pas encore un groupe cohérent. Il n’existe pas de conscience collective professionnelle. Les infirmières, dans leur diversité, reproduisent la disparité de la société française de l’époque : les religieuses côtoient les infirmières issues des classes favorisées et formées par la Croix Rouge ou les écoles privées, et les infirmières formées en école publique. Mais avec mai 68, les infirmières vont prendre conscience qu’elles représentent une profession comme les autres. Leur engagement dans ces événements sociaux va contribuer à leur reconnaissance. Après la période d’effervescence, les infirmières profitent des évolutions sociales sur la place de la femme dans la société en général. Le statut de l’infirmière évolue avec les changements des rapports hommes / femmes.
L’infirmière acquiert une position nouvelle. Désormais elle sait s’imposer face à son patron, revendiquer son professionnalisme. L’image de l’infirmière qui se conduit comme une épouse dévouée envers son «médecin-mari » disparait.
En 1972, la réforme du programme des études d'infirmières introduit un concept nouveau : "le plan de soins infirmiers" centré sur la santé, la personne humaine et non plus uniquement sur la maladie. L’enseignement n’est plus réservé aux médecins ; ils continuent à enseigner les pathologies, mais ce sont des infirmières enseignantes qui prennent en charge le reste de la formation. Ce qui nous paraît aller de soi aujourd’hui était une vraie révolution à l’époque ! La réforme de 1972 est en rupture totale avec les formations préparées, guidées, orientées par les médecins, et donc par des hommes depuis 1923… Une loi de mars 1978 la complète et reconnaît pour la première fois une autonomie dans les soins. Aujourd’hui, on n’imagine plus l’infirmière comme un modèle de soumission, mais comme une professionnelle responsable. Pour en arriver là, il aura fallu 50 ans de doubles conquêtes pour les infirmières mais aussi pour les femmes !

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