27 août 2015

L’alcool : une des premières cause d’hospitalisation en France

Près de 50000 décès, dont 15000 par cancer, sont imputables chaque année à l’alcool. Une étude publiée par l’Institut de Veille Sanitaire en juillet 2015 a confirmé au début de l’été que l’alcool à trop forte dose est l’une des toutes premières causes d’hospitalisation en France. En cause : le « binge drinking » (boire beaucoup en un temps minimum) qui s’est beaucoup développé en France ces dernières années. Le coût estimé pour l’hôpital se chiffre en milliards d’euros…

Pour nourrir ce rapport, les professeurs François Paille et Michel Reynaud, addictologues au CHRU de Nancy et à l’hôpital Paul Brousse de Villejuif ont recensé tous les cas d’hospitalisation liés à l’alcool en France en 2012. Et les chiffres sont impressionnants : l’alcool est responsable de 580 000 séjours dans les services MCO (médecine et chirurgie notamment), de 2,7 millions de journées en psychiatrie et de 2 millions de journées en soins de suite et réadaptation. Ce qui représente 10,4 % des journées d’hospitalisation !
Entre 2006 et 2012, le nombre de patients hospitalisés a augmenté de 16,5 % pour atteindre 316 824 personnes. Cause essentielle de cette envolée : le « binge drinking », qui s’est beaucoup développé en France en quelques années, et qu’on peut traduire par « beuverie express ». Cette pratique très dangereuse, qui s’est d’abord répandue aux Etats-Unis, consiste à boire de l’alcool ponctuellement, le plus rapidement possible et en grandes quantités pour atteindre l’ivresse en un temps record… Ce mode de consommation peut être très dangereux pour la santé à la fois à court terme (comas éthylique, accidents de la circulation, accès de violence et d’agressivité) et à long terme (conséquences neurologiques sur le cerveau, risques potentiels de dépendance…). Selon le rapport, 15 % des hospitalisations sont dues à intoxications alcooliques aigües.

Coût de l’alcoolisme pour l’hôpital : 2,64 milliards d’euros

Bien sûr, cette tendance a un coût pour l’hôpital : le rapport le chiffre à 2,64 milliards d’euros, un montant probablement sous-estimé car il ne prend pas en compte les prises en charge aux urgences, pourtant nombreuses, et les complications indirectes comme les cancers ou les troubles cardio-vasculaires… D’ailleurs si on veut évaluer le coût total réel des ravages de l’alcool en France, il faut aussi ajouter les coûts sociaux (pertes d’emploi, activité de la police ou de la justice liée à la délinquance associée) : le rapport chiffre ainsi le coût annuel réel de l’alcool à 17,6 milliards d’euros !

L’étude de la répartition par âge montre que les patients hospitalisés pour alcoolisation aigüe ont en moyenne 43,5 ans. Surprise : la proportion de jeunes (- de 24 ans) est restée stable entre 2006 et 2012 (19 %) alors que la proportion de patients les plus âgés (+ de 55 ans) est passée de 21 à 25 %. Un résultat qui peut paraître paradoxal compte-tenu de l’augmentation du « binge drinking » chez les jeunes, mais qui s’explique aussi : avec la crise économique, l’augmentation du chômage chez les séniors, la « beuverie express » s’observe aussi de plus en plus chez les plus âgés.

Enfin, le rapport recense 5 fois plus de patients hospitalisés pour des complications liées à l’alcool (246 000) que de patients traités pour dépendance (48 000). Ce qui signifie que le traitement de l‘addiction à l’alcool reste insuffisant en France. Le sujet de l’alcool reste encore trop souvent tabou, y compris dans les hôpitaux. Le rapport de l’Institut de Veille Sanitaire se prononce pour que l’ensemble des personnels hospitaliers soient mieux sensibilisés et formés à repérer cette pathologie, souvent masquée par d’autres maux. Nadège, médecin psychiatre dans un hôpital du Sud-Est de la France, confirme : « je suis stupéfaite de voir à quel point nous sommes sollicités par nos collègues, nous les psychiatres, dès qu’un patient admis à l’hôpital a un comportement un peu déviant… La plupart du temps, ce sont des comportements qui trahissent une addictologie sérieuse à l’alcool mais les personnels ne sont effectivement pas formés à les repérer, du coup, on nous les envoie en psychiatrie ! » En France, la consommation annuelle d’alcool est évaluée à 12 litres d’alcool pur par habitant, soit 2,5 verres par jour et par personne. 2 millions de personnes seraient alcoolo-dépendantes, mais 92 % d’entres elles ne seront jamais traitées pour leur alcoolisme.

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