Mieux vivre demain

Automobile : nous polluons sans le savoir à chaque coup de frein !

15 mai 2014

La pollution automobile n'est pas seulement émise par les pots d'échappement mais aussi  lors du freinage : 20 % des particules émises par l'automobile proviennent des plaquettes de freins. Il existe pourtant une parade qui pourrait débarrasser l'atmosphère de presque toutes les particules rejetées par les systèmes de freinage...

A cause des pics de pollution observés en mars, sous un soleil radieux, les pouvoirs publics ont été contraints d'instaurer une journée de circulation alternée à Paris. Ce jour là, la moitié des voitures sont restées au garage. En cause notamment : le dioxyde d'azote, mais aussi les fameuses particules fines qui s'accumulent dans l'air et qui ne parvenaient pas à se disperser pour cause d'anticyclone ! Car le principe est simple : à chaque coup de frein, les frottements entre les plaquettes et le disque rejettent une importante quantité de particules fines qui contribuent à la pollution générale de l'atmosphère.

Ces particules fines sont responsables du décès prématuré de 42 000 personnes par an en France (source OMS 2012). « Plus la particule est petite, plus elle pénètre en profondeur dans les voies respiratoires. Or, les particules rejetées dans l'atmosphère par les systèmes de freinage sont inférieures à 200 nanomètres, ce qui est extrêmement petit. Suffisamment en tout cas pour pénétrer dans les alvéoles pulmonaires... » explique le chercheur Claude Lesné, spécialiste de la santé publique.

Des composants cancérigènes dans les particules fines

Le principal danger pour la santé, dans ces particules, c'est l'émission de cuivre.

En s'oxydant dans l'air, son accumulation peut déclencher, à long terme des mutations de l'ADN, voire des cancers. Parmi les autres composants qui se retrouvent sous forme de particules fines à cause du freinage, on a repéré du cadmium, à l'origine de pneumonies et d'altération des fonctions rénales, mais aussi du chrome, du nickel et de l'antimoine, qui favorisent les cancers, le chrome étant aussi à l'origine de maladies comme le saturnisme.
Mais ce n'est pas tout ! Chaque fois que vous pressez la pédale de frein, vous libérez aussi du manganèse, très toxique, à l'origine de troubles nerveux et de maladies cardiovasculaires, du baryum, toxique et irritant qui peut provoquer de l'hypertension, du fer, qui, en s'accumulant dans les poumons est à l'origine de difficultés respiratoires et de maladies pulmonaires, les pneumoconioses. Sans oublier le zinc qui, lui, s'accumule dans les plantes !

Des solutions qui tardent à venir

Face à cette accumulation inquiétante, les pouvoirs publics ont décidé de réagir. Les Etats-Unis ont été les premiers à prendre des mesures radicales : cinq Etats dont le Texas et la Californie ont voté une loi qui limitera dès 2020 à 5% maximum le taux de cuivre dans les plaquettes, et programme sa disparition définitive pour 2025. L'Europe devrait elle aussi imposer de nouvelles règles. Un groupe d'experts y travaille sous l'égide de la Commission Européenne.
Mais pour Claude Lesné, la France en particulier n'est pas en pointe dans ce combat : « L'organisation mondiale de la santé a montré dès 1977, les dangers de l'amiante et pourtant il a fallu attendre 1995 pour que la France interdise totalement cet élément... A l'époque, les plaquettes et les disques de freins contenaient de l'amiante. Les fabricants ont donc dû développer de nouveaux alliages mais comme les pouvoirs publics en sont restés là, les plaquettes de frein fabriquées aujourd'hui contiennent d'autres composants toxiques qui peuvent s'avérer, eux aussi, très dangereux... » En attendant le « réveil » des pouvoirs publics, la solution passe peut-être par une idée simple mise au point par une PME française : un système installé sur chaque roue qui fonctionne comme un aspirateur, doté d'une petite turbine mécanique qui aspire les particules. Elle ne produit pas de pollution supplémentaire. Ce système coûte 200 euros, il doit simplement être changé au moment de la révision comme on change le sac d'un aspirateur ! Un constructeur automobile international (une clause de confidentialité empêche de dévoiler le nom de la marque) a décidé d'équiper ses voitures avec ce système dès 2016.