Progrès médicaux

Endométriose  : de nouvelles techniques chirurgicales pour préserver les organes

2 novembre 2017
L’endométriose est une maladie chronique associée aux règles, qui peut provoquer des lésions sur l’utérus ou les ovaires, mais aussi la vessie ou le côlon. Diagnostiquée souvent tardivement, elle est très difficile à traiter sans endommager les organes concernés. Au CHU de Rouen, le professeur Horace Roman a inventé, il y a plus de 10 ans, une nouvelle manière d’opérer les femmes atteintes d’endométriose, moins invasive, moins définitive pour les organes fragiles comme les ovaires. Il opère grâce à l’énergie plasma, un rayon lumineux très puissant, proche du laser. L’outil est plus précis que le bistouri classique.

L’endométriose touche une femme sur 10 en France, autant que le cancer du sein, et 180 millions de femmes dans le monde. C’est la première cause d’infertilité en France et pourtant elle est très mal connue, y compris dans le milieu médical.

L’endomètre est une muqueuse qui tapisse la paroi interne de l’utérus, et à chaque cycle menstruel, elle est évacuée par le vagin : ce sont les règles.

Chez les patientes atteintes d’endométriose, les cellules d’endomètre ne sont pas totalement évacuées et vont s’implanter de façon anarchique et sans qu’on sache vraiment pourquoi, sur des organes périphériques : la vessie, les ovaires, les trompes, le côlon… Lors des règles, ces cellules continuent à saigner, mais au mauvais endroit, comme si elles étaient dans l’utérus. Elles créent alors des lésions ou des adhérences entre les organes qui sont à l’origine de douleurs terribles ressenties par les patientes et qui sont responsables de l’infertilité. Sur les ovaires par exemple, l’endométriose est souvent à l’origine de kystes qui empêchent toute fécondation.

Seuls les traitements hormonaux et la chirurgie permettent de freiner l’endométriose

Il n’existe aujourd’hui aucun moyen de traiter définitivement cette maladie. On peut simplement la freiner, l’empêcher de se développer, soit par un traitement hormonal (ménopause artificielle), soit par la chirurgie, en éliminant les lésions ou les adhérences qui sont à l’origine des douleurs.

Jusqu’à présent, on utilisait une chirurgie radicale qui consistait à enlever purement et simplement les organes malades comme en cancérologie.

Ce qui avait pour effet de réduire un peu plus les chances de certaines femmes d’avoir un enfant. Pendant longtemps, pour éliminer un kyste à l’ovaire, les chirurgiens n’avaient pas d’autre moyen que de retirer purement et simplement l’ovaire. Impossible de traiter le kyste sans toucher à l’ovaire.

L’énergie plasma pour traiter les lésions sans abîmer les organes

Au CHU de Rouen, le professeur Horace Roman a développé une technique alternative, une chirurgie « conservatrice » de préservation des organes : il opère par coelioscopie avec « l’énergie plasma », un rayon lumineux très puissant qui lui sert tantôt de bistouri, tantôt de « chalumeau » pour brûler les tissus malades. Avec l’énergie plasma, il peut traiter un kyste à l’ovaire… sans abîmer l’ovaire ! Il opère, face à un écran vidéo, muni de lunettes 3D qui vont lui donner plus de profondeur donc davantage de précision dans l’action.

Quand les patientes sont diagnostiquées à temps, avant que les lésions ne soient trop importantes, il parvient à utiliser cette technique dans 2/3 des cas. Ce qui lui permet souvent de préserver les ovaires et donc de rétablir la fertilité. L’énergie plasma lui offre aussi la possibilité de traiter les lésions d’endométriose qui touchent des zones sensibles comme le rectum.

En évitant l’ablation d’une partie du rectum, il évite à la patiente la pose d’une poche fécale provisoire. « C’est important pour la qualité de vie de nos patientes », explique le professeur Roman, «nous avons compris qu’elles avaient une vie après notre chirurgie… Il ne faut pas que les conséquences de nos interventions soient plus handicapantes que ce qu’elles vivaient avant l’opération ! »

A l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, le professeur Gil Dubernard expérimente lui aussi une nouvelle approche chirurgicale, « une technique par ultra-sons » qui se veut beaucoup moins invasive. Il introduit une sonde par voie endorectale pour cibler et neutraliser les nodules douloureux. Une technologie déjà exploitée pour le traitement de la prostate chez l'homme.