Vie à l'hôpital

Faire face à la violence dans les hôpitaux

16 décembre 2013

A la suite d'agressions répétées dans les établissements hospitaliers, des soignants s'initient, dans le cadre professionnel, au « self-defense » pour se protéger. Mais les avis sont partagés. 
faire face à la violence dans les hopitaux

Le 18 août dernier, au petit matin, à l'hôpital de la Conception à Marseille, un infirmier a reçu un coup de couteau dans le bras de la part d'un individu qui s'était présenté aux urgences. Résultat : il a été mis au repos pour 10 jours, sa blessure physique n'était pas grave mais il a été très marqué psychologiquement.
Évidemment le phénomène n'est pas nouveau : la violence verbale, notamment aux urgences a toujours existé, « mais depuis quelques années, cette violence est incontestablement montée d'un cran » soulignait, en août dernier, le professeur Marc Alazia qui dirige les urgences de cet hôpital marseillais.

Pour mieux cerner la réalité du problème, les pouvoirs publics ont mis en place en 2005 un observatoire chargé de recueillir tous les signalements des hôpitaux.
L’an passé, cet organisme a reçu 11 344 déclarations d’atteintes aux biens et aux personnes en provenance de 352 établissements. Les services les plus touchés sont la psychiatrie (25 % des signalements), les urgences (14 %) et la gériatrie (10 %).

Une méthode inventée au CHU de Limoges 

Face à la montée de la violence dans les hôpitaux, des soignants, et, dans une moindre mesure les personnels administratifs, s'initient désormais aux sports de combat pour se protéger. Petit à petit les techniques d'immobilisation font leur apparition dans les services hospitaliers, même si elles ne sont utilisées qu'en dernier recours après une phase de dialogue. La méthode a été inventée au CHU de Limoges, en Haute-Vienne, par Dominique Grouille, anesthésiste et ceinture noire de karaté : « C'est parti de l'agression d'un aide-soignant en 1995, frappé par un malade et deux personnes... »Voilà comment sa méthode a été lancée.
Il apprend désormais, dans un stage de 3 jours, à désamorcer les conflits, à ceinturer, à plaquer « en douceur ». « Le but n'est pas de blesser », précise Dominique Grouille, « mais d'apprendre "les bons réflexes" au personnel hospitalier. » Face à un couteau, une chaise, un pied de perfusion, un matelas deviennent, pour lui, autant de remparts derrière lesquels se protéger. « Formés, les agents ont beaucoup moins peur. Ils gèrent mieux la violence », se félicite le médecin. A Limoges, 90 % du personnel est désormais formé à ses techniques de self défense. D'autres hôpitaux ont suivi : l'hôpital de Ravenel dans l'Oise, ceux de Brive, Tulle, Lagny...

« Un avis partagé en faveur des agents de sécurité dont c’est le métier » 

Pourtant, tous les soignants et responsables hospitaliers ne sont pas favorables aux techniques de self-défense à l'hôpital. « Pour protéger les patients et les soignants, nous préférons faire appel à des agents de sécurité dont c'est le métier », précise Jean-Michel Olivieri, conseiller pour la sécurité générale à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris. Chaque jour, plus de 200 vigiles sont présents sur les 38 sites de l'AP-HP.
Mais pas question d’installer des portiques de sécurité à l’entrée des urgences. « Nous sommes déterminés et refusons toute banalisation de cette violence. Mais l’hôpital est d’abord un lieu d’accueil et de soins où on travaille sur l’humain », assure Jean-Michel Olivieri.