Famille

« Génération boomerang » : revenir chez ses parents après 40 ans

13 octobre 2016
 Un accident, une perte d’emploi, une séparation : autant de raisons qui peuvent pousser certains « quadras » à revenir momentanément chez leurs parents. La famille redevient alors un refuge naturel, « le temps de remonter la pente… » Qui sont ces « quadras » qui reviennent chez leurs parents contraints et forcés ? Comment vivent-ils ce retour à la case départ ? Et comment faire pour que le séjour chez les parents se passe dans les meilleures conditions ? Voici quelques réponses…
génération boomerang: revenir chez ses parents
« J’ai grandi près de Lyon et à 24 ans, j’ai quitté ma région natale pour aller m’installer à Marseille avec mon mari », raconte Héléna, infirmière en CHU. Elle poursuit : « 20 ans plus tard, je suis rentrée en catastrophe avec mon fils de 7 ans à la suite de mon divorce. Heureusement, j’ai retrouvé un poste en hôpital près de Lyon. Malgré tout, je n’avais pas tout de suite les moyens de trouver un logement. Je me suis retrouvée dans le salon de ma mère avec mon fils. A 40 ans, c’est un constat d’échec. On n’avait aucune intimité. Quand les invités venaient, mon fils ne pouvait pas se coucher. Ca a duré 5 ans ! J’ai passé mon temps à visiter des deux pièces mais avec un seul salaire, je ne décrochais jamais rien ! J’ai fini par trouver un logement dans le même immeuble que ma mère, 4 étages plus haut ! » Héléna n’est pas un cas isolé. Crise oblige, le retour chez les parents après 40 ans n’est plus un phénomène négligeable. D’après une étude de la revue « Retraite et société » publiée en 2015, 7 % des 30-49 ans sont déjà rentrés chez leurs parents. Ils n’ont retrouvé un logement bien à eux qu’après des années de recherches. L’INSEE précise que chez les 30-49 ans, ce retour chez papa et maman est dû à une rupture familiale dans 31 % de cas (séparation ou divorce), à un licenciement ou un changement de lieu de travail pour 24 %, et des problèmes d’argents pour 17 %. Le sociologue de la famille Michel Billé a une bonne connaissance de ce phénomène dans le temps : « Pendant plusieurs décennies, les générations ont vécu de manière clairement séparée. Depuis 20 ans, elles ont à nouveau tendance à se rapprocher, comme dans l’après-guerre où l’on voyait souvent les parents, grands-parents et enfants, vivre sous le même toit… On a d’abord assisté au phénomène « Tanguy », ces jeunes adultes qui n’arrivaient pas à quitter le cocon familial. Aujourd’hui on est plutôt confronté à la « génération boomerang », ces quadras qui reviennent au bercail contraints et forcés… »

Perte de revenus importante

Les parents qui accueillent leurs enfants sont à la retraite, ils ont donc connu une perte de revenus importante…   Si le retour chez les parents est souvent la meilleure solution sur le plan financier, elle est parfois douloureusement vécue. Retrouver sa chambre d’ado peut parfois sembler rassurant au premier abord. Mais quand on a goûté à son indépendance, pas facile de devoir à nouveau rendre des comptes. « C’est même insupportable », raconte encore Héléna, « c’était plus fort qu’elle, ma mère a recommencé à me demander à quelle heure je rentrais le soir comme quand j’étais adolescente… » Les parents, eux, peuvent se sentir envahis et les sources de conflits se multiplient. Après le départ de leurs enfants de la maison, ils avaient retrouvé un équilibre à deux et il va falloir réapprendre à vivre à plusieurs à un âge où on aimerait plutôt souffler… Si, en plus, les frères et sœurs s’en mêlent et se laisser aller à des crises de jalousie, la cohabitation peut vite devenir problématique. Sans oublier que les parents qui doivent à nouveau assumer leurs enfants sont, pour la plupart, à la retraite : ils ont donc connu une perte de revenus importante. Avoir une personne supplémentaire à prendre en charge à ce moment là n’est pas forcément aisé.

Préserver son territoire

Pour toutes ces raisons, il est important pour chacun, pour les enfants qui reviennent comme pour les parents qui accueillent, de préserver son territoire. Physiquement et moralement. Quand les parents disposent d’une chambre d’amis, ou quand ils ont gardé la chambre d’adolescent de leur enfant, la cohabitation se passe mieux. Quand chacun reste à sa place, quand les parents ne sont pas tentés de demander des comptes à leurs enfants sur leurs sorties ou leurs façon de vivre, quand les enfants eux même font des efforts pour ne pas donner le sentiment d’envahir leurs parents, alors un véritable échange intergénérationnel peut se mettre en place… « Et si on arrive à mettre en place ce fragile équilibre », raconte Héléna, cela peut redevenir une belle expérience positive car chacun s’enrichit de l’expérience de l’autre… J’ai connu cela dans les 6 derniers mois de mon séjour chez ma mère ! »