Progrès médicaux

Maladies nosocomiales : le cuivre pour tuer les bactéries ?

18 septembre 2014

Le 25ème congrès de la société française d'hygiène hospitalière a confirmé l'intérêt d'équiper les établissements hospitaliers français de rampes d'accès et de poignées de portes en cuivre, comme rempart à la prolifération des bactéries ! Les propriétés antimicrobiennes du « métal rouge » avaient déjà été mises en évidence à l'étranger, mais elles sont désormais confirmées en France...
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Selon des chiffres diffusés en 2014 par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé), au moins 7 personnes hospitalisées sur 100 dans les pays occidentaux contractent une infection nosocomiale (jusqu'à 30% des patients dans les unités de soins intensifs). En France, le nombre de décès liés à ces maladies contractées dans un lieu de soin est estimé à 3.500 par an, selon le ministère de la Santé.

Voilà pourquoi le bilan des expériences contre les maladies nosocomiales, menées dans deux hôpitaux, au centre hospitalier de Rambouillet, et au service de néonatalité du CHU d'Amiens, était très attendu. Il a été rendu public fin juin à l'occasion du 25ème congrès de la Société française d'hygiène hospitalière à Marseille. Il met une nouvelle fois en évidence les propriétés du cuivre pour lutter contre les maladies nosocomiales. Les deux établissements se sont en effet équipés de poignées de porte et de rampes d'accès en cuivre et ils ont observé le comportement des bactéries sur les surfaces concernées. Résultat : dans les deux établissements, le nombre de bactéries a chuté sur les surfaces de contact en cuivre, entraînant une diminution des contaminations et une baisse du nombre de maladies nosocomiales. Ces observations ont confirmé les travaux réalisés en 2011 par des chercheurs de l'Université de Southampton au Royaume-Uni : ils avaient mis en évidence la disparition en moins de 8 minutes de la quasi-totalité des 10 millions de staphylocoques dorés résistants à la méticilline, un antibiotique usuel, déposés sur un petit bout de cuivre d'un centimètre carré ! « Le cuivre et plus de 365 de ses alliages sont capables d'éradiquer 99,9% des bactéries en deux heures grâce à leur pouvoir antibactérien puissant, naturel et permanent dans le temps », explique Olivier Tissot, directeur du centre d'information du cuivre. Toutefois, jusqu'ici, le métal n'avait pas été testé en France, alors que d'autres établissements l'avaient fait au Royaume-Uni, au Chili, au Japon et aux Etats-Unis. Il y a 3 ans, une étude américaine révélait déjà que l'utilisation du cuivre permettait de réduire de 40 % le taux d'infection dans les hôpitaux.

Le cuivre crée des trous dans la membrane de la bactérie !

On pressentait les vertus antimicrobiennes du cuivre depuis plusieurs siècles mais son intérêt contre les maladies nosocomiales n'intéresse les chercheurs que depuis 10 ans. Ceux-ci ont découvert en effet que les ions de cuivre, positifs, créent, par une sorte de «court-circuit», des trous dans la membrane de la bactérie, entraînant sa mort. « Nous tenons une piste sérieuse de prévention de la diffusion des bactéries multi-résistantes. Il faut poursuivre dans ce sens et intensifier les recherches... » explique le docteur Patrick Pina, responsable de l'équipe opérationnelle d'hygiène de l'hôpital de Rambouillet, premier établissement français à s'être engagé dans cette démarche en 2011. De ce fait, cinq EPHAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Champagne Ardenne vont tenter la même expérience à plus grande échelle. Un kilomètre de rampes, de barres d'appui dans les couloirs et mille poignées de portes vont ainsi être installées. L'objectif est de mesurer l'impact des nouvelles installations sur la santé des résidents, et notamment de faire baisser le nombre de gastro-entérites, particulièrement présentes en hiver. Les installations ont été financées à 50 % par un industriel du cuivre. Pour lui, c'est évidemment un investissement. Car même si les équipements en cuivre confirment leur efficacité, il faudra ensuite les financer. Le cours du cuivre atteint aujourd'hui 6900 euros la tonne. Mais comme la facture des maladies nosocomiales pour la Sécurité Sociale est estimée entre 3 et 4 milliards d'euros, le jeu en vaut encore la chandelle !