Santé et Forme

Médicaments à l’unité bientôt délivrés en pharmacie ?

16 décembre 2013

Délivrer les comprimés à l'unité dans les pharmacies : c'est l'expérimentation annoncée, fin septembre, par la Ministre de la Santé, Marisol Touraine, pour réduire le gaspillage des médicaments.
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Alors que les médicaments sont délivrés à l'unité depuis longtemps à l'hôpital en France, ils ont toujours été vendus par boîtes entières en pharmacie. Mais face au déficit de l'Assurance-maladie (13,3 milliards d'euros en 2012), la Ministre de la Santé Marisol Touraine a décidé de briser un tabou : début 2014, sera expérimentée pendant 3 ans la vente de certains antibiotiques à l'unité. Une vraie révolution pour les pharmaciens.

L'objectif est clairement de réduire le gaspillage. Car les chiffres sont éloquents : selon l'IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales), un médicament sur deux remboursé par la Sécurité Sociale n'est, en réalité, pas consommé par le patient. Et chaque Français conserverait chez lui en moyenne 1,5 kilo de médicaments dans sa pharmacie. Certes, cela coûte cher à la Sécurité Sociale, mais en plus, ce stockage de médicaments à domicile pousse les Français vers une automédication incontrôlée. Combien de Français n'ont pas tenté de se soigner en puisant justement dans les vieux stocks ? Autre inconvénient du système actuel : quand finalement ils sont jetés, les médicaments qui se retrouvent dans la nature risquent de polluer fortement l'environnement.

Une expérience pilote sur 3 ans

Concrètement, pendant 3 ans, 200 pharmacies volontaires, dans quelques régions seulement, participeront à cette expérimentation sur les antibiotiques.
Le pharmacien devra fournir le nombre exact de comprimés dont le patient a besoin. Il recevra en dédommagement une indemnité annuelle de 4500 euros.
Le temps de travail supplémentaire pour les pharmaciens lié à la vente des médicaments à l'unité ne dépassera pas les 10 minutes par jour, selon la Fédération des Syndicats pharmaceutiques de France.
Si cette réforme est une petite révolution chez nous, la vente des médicaments à l'unité existe déjà aux États-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada et... à l'Ile Maurice ! Il fonctionne très bien dans ces pays et permet de réaliser de substantielles économies.

Des laboratoires et des pharmaciens mécontents

Sans surprise, les laboratoires pharmaceutiques, mais aussi de nombreux pharmaciens contestent cette réforme : " Franchement, peut-on se passer de toutes les informations obligatoires sur les boîtes, comme les risques de somnolence, contre-indications, mode de conservation ? C'est d'abord par l'éducation des parents qu'on va résoudre le gaspillage... ", explique Gilles Bonnefond, le secrétaire général de l'Union des pharmaciens d'officine. Pour lui, ce n'est pas le conditionnement qui provoque le gaspillage, mais bien le problème des prescriptions qui ne sont pas suivies par les patients.

Gille Bonnefond, par ailleurs pharmacien à Montélimar dans la Drôme, met aussi en avant le risque de contamination bactérienne des comprimés qui seront manipulés manuellement. Reste qu'il faut bien expérimenter des solutions qui n'ont encore jamais été tentées pour réduire le gaspillage : selon Cyclamed, association chargée du recyclage, les médicaments non utilisés pèsent 23 300 tonnes et ils ont en partie été payés par l'Assurance Maladie.