Santé et Forme

Médicaments : Les Français, champions d’Europe de la consommation !

12 juin 2014

En 2013, l'Assurance Maladie a remboursé pour 22,6 milliards d'euros de dépenses de médicaments. C'est 95 millions de moins qu'en 2012, soit une baisse de 0,4 %. Les Français restent cependant les plus gros consommateurs de médicaments en Europe ! Comment en est-on arrivé là ?
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Selon la Caisse Nationale d'Assurance Maladie, les Français sont restés les champions d'Europe de la consommation de médicaments en 2013, avec un panier moyen de 95 euros par habitant, contre 76 euros pour les Italiens et 68 euros pour les Allemands ! Les Hollandais sont les plus économes avec un panier moyen de 50 euros par habitant, deux fois moins que le panier Français...
Comment expliquer ces différences ? Comment comprendre ce record détenu par notre pays et dont les comptes de la Sécurité Sociale se passeraient bien ? 

En France une consultation doit toujours se conclure par une ordonnance !

C'est d'abord le résultat d'une exception culturelle propre à la France : contrairement à bien d’autres pays, nous avons le sentiment qu’une consultation qui n’est pas conclue par la remise d’une ordonnance n’est pas une «vraie» consultation, et que l’essentiel de la relation médecin - malade se fait par le biais de l’ordonnance. Aux Pays Bas, 47% seulement des consultations médicales se terminent par une prescription de médicaments, contre 95% en France.
Faites le test vous-même : à la phrase « je suis allé voir mon médecin », la réponse est, trop souvent, non pas « qu’est-ce qu’il t’a dit ? », mais « qu’est-ce qu’il t’a prescrit ?». Un malade qui sort du cabinet d'un médecin sans ordonnance, ou avec une liste de médicaments qu'il juge trop courte se sent souvent frustré ! «Aux Pays-Bas, quand il y a prescription de médicaments, vous avez une ligne et demie en moyenne de prescription sur votre ordonnance, en France en moyenne cinq lignes » rappelle Marisol Touraine, la ministre de la santé. Pas facile de lutter contre un phénomène culturel auquel participe l'ensemble de la société.

Pas assez de prescriptions de médicaments génériques

L'autre raison de cet emballement des dépenses, c'est le retard pris par la France dans la prescription de médicaments génériques. En Allemagne, ces derniers ont été adoptés depuis longtemps. En France, ce n'est pas encore totalement ancré dans les esprits. Depuis plusieurs années pourtant, les médecins et les pharmaciens sont invités à favoriser les génériques, ce qui a permis d'économiser 35 millions d'euros en 2013. Marisol Touraine, Ministre de la Santé, souligne « la nécessité de former et d'informer les professionnels, mais aussi d'informer les patients ». Elle ajoute : «Nous avons en France une tendance à prescrire plus systématiquement la dernière molécule, même si elle ne représente pas une amélioration évidente dans le cas de la pathologie concernée... » Ce sont ces pratiques qu'il faut changer peu à peu.

Le rôle des laboratoires pharmaceutiques

Enfin, l'emballement des coûts des médicaments repose aussi sur la pression exercée par les laboratoires pharmaceutiques. En 2013, l'Assurance Maladie a imposé une baisse du prix du médicament de 3,8 %, qui s'est traduite par une économie de 853 millions d'euros. Mais cela n'a pas été suffisant. Pour mieux comprendre, voici le palmarès des médicaments les plus remboursés en 2013 :

rang Produit classe Montant remboursé en 2013 Augmentation par rapport à 2012
1 Lucentis Traitement DMLA 428,6 millions d'euros 10,20%
2 Humira Antirhumatismal 382,8 millions d'euros 10,60%
3 Crestor Hypolipemiant 342,8 millions d'euros 1,40%
4 Doliprane Antalgique 315 millions d'euros 14,10%
5 Enbrel Antirhumatismal 278,1 millions d'euros 2,00%


Source : Assurance Maladie

A la première place de ce « palmarès », on trouve le  Lucentis, médicament très coûteux utilisé dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). 1,5 million de Français en souffrent. Le traitement grâce au Lucentis revient à 900 euros par mois par patient. Le ministère de la Santé veut autoriser en France un médicament moins coûteux, mais tout aussi efficace : l'Avastin, un médicament anticancéreux efficace aussi pour la DMLA ! Il coûte 18 fois moins cher que le Lucentis ! Le remplacement de l'un par l'autre pourrait permettre de réduire considérablement la facture pour la Sécurité Sociale ! Mais les laboratoires pharmaceutiques, qui craignent une baisse de leurs revenus, freinent le processus. L'Allemagne et l'Italie autorisent déjà l'Avastin pour traiter la DMLA, pas la France. En attendant le futur décret signé par la ministre, le Lucentis devrait connaître une baisse de son prix de 9 % en 2014.