Education

Orientation scolaire : savoir conseiller sans obliger

16 avril 2015

C’est déjà l’heure des choix d’orientation scolaire, le moment que redoutent à la fois les parents angoissés, mais aussi les enfants parfois tétanisés par la pression des parents ! Le cycle infernal ! Alors comment affronter cette épreuve ensemble dans la sérénité ? Voici quelques conseils à destination des parents. S’il ne fallait en retenir qu’un : ne pas décider à la place de votre enfant.
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A 15 ans, en fin de collège, c’est déjà le moment où il faut choisir entre la filière générale et technologique ou la voie professionnelle. Et à 16 ans, par exemple, pour ceux qui vont choisir la voie générale et technologique à la fin de la 2nde, il faudra encore trancher, notamment entre la voie littéraire (L), scientifique (S), économique et sociale (ES) ou sciences et technologies du management (STMG) !
Pas facile pour ces jeunes de choisir si tôt, et pas facile pour les parents de les aider… C’est la période de l’année où les rapports se tendent à la maison. Vous souhaitez le meilleur pour votre enfant, vous craignez qu’il ne fasse fausse route, vous êtes tentés de lui imposer vos choix, même en douceur, alors que vous n’avez pas forcément toutes les cartes en main… La décision finale risque d’en pâtir… Alors comment éviter d’aller dans le mur ?

Laisser votre enfant choisir sa voie

Il faut laisser votre enfant choisir lui-même sa voie. « Si vous tentez de l’influencer, soit il se braquera et refusera toute discussion, soit il sera docile et il se débrouillera inconsciemment pour échouer ! » explique la psychologue Béatrice Copper-Royer.
Dans les deux cas, il risque de perdre du temps. C’est sa vie, c’est son avenir qui se joue et c’est donc à lui de décider, même si parfois ses décisions peuvent dérouter les parents. « Il s’agit du métier de leur enfant et pas de celui qu’ils auraient aimé faire, il faut éviter les projections », explique encore la psychologue… « Ma mère est professeur de maths en lycée », raconte Samuel, 17 ans, « elle voulait à tout prix que je fasse un bac S, mais moi je veux être comédien, j’ai bien vu qu’elle était déçue quand j’ai choisi L, option théâtre… » Pas facile pour les parents de s’effacer devant le choix de l’enfant : « c’est difficile d’admettre qu’on n’est plus forcément en phase avec les formations proposées et qu’on est même parfois dépassés, nous les parents », constate Irène, maman d’un jeune Gaspard qui vient tout juste d’avoir 18 ans et qui a renoncé à faire une école de commerce comme ses parents.
L’époque est différente, les débouchés sont différents, les niveaux demandés et les concours d’entrée ont changé, alors mieux vaut éviter de tout ramener à sa propre expérience : « Le jour où mon fils a voulu tenter le concours d’entrée à Sciences Po », raconte Pascal, 50 ans, « j’ai voulu tout de suite lui donner quelques conseils, pour l’épreuve écrite comme pour l’oral, que j’avais moi-même passés quand j’étais étudiant… J’avais juste oublié que c’était il y a 30 ans et que la procédure d’admission a changé depuis ! » Méfiez-vous aussi des idées toutes faites ou des préjugés sur certaines filières ou certains métiers. Si votre enfant veut se diriger vers la cuisine, la restauration, ou l’hôtellerie, la filière « bac pro » est idéale. Thomas, 17 ans, a toujours voulu être chef dans un restaurant. Ses parents ne l’ont jamais freiné : « En CAP puis en bac pro, on fait l’apprentissage d’une technique, d'une travail valorisant car utile et on a l’assurance de trouver un emploi à la fin de la formation, donc nous l’avons vraiment encouragé… » raconte le père de Thomas, dirigeant d’entreprise dans le bâtiment…

Lui montrer que vous le soutenez

Deuxième conseil essentiel : essayez avant tout d’écouter votre enfant avec bienveillance. Si vous critiquez tous ses choix, il perdra pied et le peu de confiance qu’il a en lui s’évanouira. Quand Thibaut, 19 ans, a annoncé chez lui qu’il voulait se lancer dans des études de psychologie, son père lui a aussitôt rétorqué : « il n’y a pas de débouchés dans ce secteur là ! » Désemparé, déstabilisé, Thibaut est parti en fac d’histoire. Mais au bout de quelques mois, il a jeté l’éponge pour finalement s’inscrire en psycho l’année d’après ! Il a donc perdu un an ! « Même si vous n’êtes pas forcément d’accord à priori avec son choix, vaut mieux répondre à votre enfant : pourquoi pas, explique-moi, parlons-en… » explique encore la psychologue Beatrice Copper-Royer, « le but est de le regonfler s’il doute, pour qu’il soit dans les meilleures conditions pour décider… »

Sans oublier qu’en prodiguant quelques conseils bienveillants, il entendra davantage vos arguments. Votre enfant a besoin de votre soutien, il a envie que ses parents l’aident à croire en lui…

Rien n’est jamais définitif

Certes votre enfant a des choix à faire qu’il n’est pas toujours en mesure de faire et s’ajoute le fait que ses choix ne sont pas toujours définitifs. S’il se trompe de voie, il peut peut-être recommencer une formation mieux adaptée à ses envies ou se réorienter et bifurquer vers d’autres filières. Mais soyons pragmatiques : en période de crise, les parents ne peuvent pas forcément financer les études d’un Tanguy qui changerait de voie plusieurs fois dans sa scolarité !

Pour limiter les risques, Isabelle Le Quillec, conseillère d’orientation, suggère de se renseigner en famille pour faciliter les choix de chacun : « il faut aller ensemble, parents et enfants, aux journées portes ouvertes, aux salons des universités, des écoles et des professionnels, c’est un bon moyen de faire tomber les idées reçues… » Ils pourront s’appuyer sur le site de l’ONISEP http://www.onisep.fr pour trouver des réponses à toutes les questions sur l’orientation, les passerelles qui permettent de prendre d’autres voies, les formations et les métiers. Ainsi, les jeunes pourront s’assurer en amont que leur choix est celui qu’ils souhaitent ou au contraire s’apercevoir qu’ils se sont trompés. En fait, en parler tôt, permet à parents et enfants d’appréhender la situation et de réfléchir à une orientation plus sereinement.…