Conso et Bons Plans

Pâtes, riz, conserves : faut-il supprimer la date limite d’utilisation optimale (DLUO) ?

29 septembre 2014

Pour éviter le gaspillage, le Conseil économique, social et environnemental propose de supprimer la DLUO (date limite d’utilisation optimale) sur les emballages des produits conditionnés. Il estime que l'information donnée est mal comprise des consommateurs et qu'elle entraîne trop de confusions. Pour les industriels de l'alimentaire, la DLUO est un repère qui reste utile. Et vous ? Avez vous le sentiment de gaspiller ? Faites vous vraiment la différence entre DLUO et DLC (date limite de consommation)?
faut il supprimùer la date d'utilisation optimale DLUO

«Tous les ans, je fais le tri de mes conserves qui s'entassent dans les placards, et tous les ans, je jette ! », se désole Martine, secrétaire de direction dans un hôpital de la région bordelaise. « Dès que la date est dépassée, je préfère tout mettre à la poubelle plutôt que de prendre le risque d'intoxiquer mes enfants ! ». Comme de nombreux Français, Martine confond la date limite d'utilisation optimale (DLUO) et la date limite de consommation (DLC).
Les denrées périssables, à conserver au frais (la température de conservation est indiquée clairement sur l’étiquetage) présentent généralement une date limite de consommation (DLC). Cette DLC est indiquée sur le conditionnement par la formule « À consommer jusqu’au...  ». Elle s’applique à des produits susceptibles, après une courte période, de présenter un danger pour la santé humaine, comme la viande vendue en barquette par exemple.

«A consommer de préférence avant le... »

À l’inverse, certains produits stérilisés ou présentant une faible teneur en eau comportent une date limite d’utilisation optimale (DLUO). C’est le cas par exemple des gâteaux secs, ou encore des boites de conserve. Une fois la date passée, la denrée ne présente pas de danger mais peut en revanche avoir perdu tout ou partie de ses qualités, le goût, ou la texture... Sur le conditionnement, la DLUO est indiquée par la formule « À consommer de préférence avant... ». Le dépassement de la DLUO ne rend pas l’aliment dangereux : il peut donc encore être commercialisé et consommé. «Pour les produits secs comme les pâtes ou le riz, qui contiennent de l'amidon ou des fibres, il n'y a aucune différence si on les consomme avant ou après la DLUO », confirme le nutritionniste Patrick Serog. Il n’est donc pas nécessaire de jeter les produits concernés quand la DLUO est dépassée, sauf en cas d’altérations du produit. Les produits non secs (purées, jus, sauces, compotes, etc.) comportent également une DLUO : cela signifie que ces produits peuvent être conservés, eux aussi, très longtemps mais une fois ouverts, ils doivent être conservés au frais et consommés très rapidement.

Les Français jettent en moyenne 20 kilos de nourriture par an

Voilà pourquoi le Conseil économique, social et environnemental vient de se prononcer pour la suppression de la DLUO. Selon le CESE, cette mesure permettrait de lutter efficacement contre le gaspillage. Car selon l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie), chaque Français jette en moyenne 20 kilos de nourriture par an, dont 7 kilos sont encore emballés ! Un gaspillage qui représente environ 400 euros de perte par an et par foyer. Une étude du Conseil national de l'alimentation confirme que la DLUO est une information mal comprise : selon cette étude, 43 % des Français mettent leurs boites de conserves de raviolis à la poubelle si la DLUO est dépassée de 3 semaines, et 30 % estiment, à tort, qu'il existe même un risque d'intoxication ! Pour Benoit Hartmann, porte-parole de l'association France Nature environnement, « supprimer la DLUO permettrait d'éviter le gaspillage du côté des consommateurs mais aussi du côté des distributeurs qui retirent de leurs rayons des produits encore comestibles... ».
Les industriels de l'alimentaire s'opposent, eux, farouchement à la suppression de la DLUO : « c'est un repère important fixé par le fabricant qui connait l'évolution de son produit, à partir de quand il va commencer à perdre de sa saveur et de son craquant » explique Vincent Truelle, directeur de la Fédération française des industries d'aliments conservés. Il ajoute même : « la supprimer ne réduira pas le gaspillage : privé du repère de la DLUO, on risque, dans le doute, de jeter davantage car on ne se souviendra pas forcément de la date d'achat... ».

C'est désormais aux pouvoirs publics de trancher. 56 % des Français sont favorables à un nouvel étiquetage qui serait unique (source Insee). Cette mesure ne sera pas facile à mettre en œuvre, car depuis le 20 mars 2000, une directive européenne impose les deux types de dates sur les produits alimentaires.