Santé et Forme

Plus une goutte d’alcool au volant pour les jeunes ?

13 février 2014

Même si le nombre de tués sur les routes a diminué en 2013, des membres du Conseil National de la Sécurité Routière proposent une mesure radicale pour faire baisser la mortalité des 18-25 ans : interdire aux jeunes de boire la moindre goutte d'alcool avant de prendre le volant. Le Gouvernement les suivra-t-il ? Le débat vient de s'ouvrir...
plus d'alcool au volant pour les jeunes

La voiture tue de moins en moins en France : 3250 personnes ont perdu la vie sur les routes en 2013, soit une baisse de 11 % par rapport à 2012. Mais dans 20 % des cas, c'est l'alcool au volant qui était responsable de ces décès. Et un quart des victimes avait entre 18 et 25 ans. Des membres du Conseil National de la Sécurité Routière (CNSR), instance de conseil auprès du Gouvernement, ont donc proposé des nouvelles mesures pour  faire reculer davantage la mortalité des jeunes sur les routes.

Depuis 1995, la législation limite le taux maximal d'alcoolémie à 0,5 gramme (deux verres de vin) par litre de sang. Le Conseil pourrait proposer pour les jeunes l'interdiction pure et simple de consommer la moindre goutte d'alcool avant de prendre le volant. Tolérance zéro ! Une mesure soutenue par Marie-Rose Le Guern, coprésidente de Mélodie, association d'aide aux victimes de la route : « L'alcool est la première cause de mortalité au volant chez les jeunes... Il y a derrière chaque décès des familles entières qui sont détruites, et pour éviter des drames, il faut des solutions radicales... » Serge, ambulancier à Chartres, va dans le même sens : « J'ai deux enfants de 19 et 21 ans, et avec la législation actuelle, ils ne savent pas très bien à quoi correspond la limite de 0,5 gramme, ni à combien de verres, ni en combien de temps ce taux est atteint, donc une interdiction pure et simple serait plus claire ! »

« Pourquoi cibler uniquement les jeunes ? »

Cette idée fait débat. Du côté des associations d'automobilistes, on est plutôt contre : «si la tolérance zéro est adoptée », estime Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d'automobilistes », « un jeune ayant bu un verre d'alcool se retrouvera autant dans l'illégalité qu'un autre qui en aura bu 5 ou 6 ! S'ils sont en faute dès le premier verre, ça pourra paradoxalement les entraîner à boire plus ! »
D'autres refusent de stigmatiser uniquement les jeunes. Le débat divise même jusqu'au sein du CNSR où son président, le député PS Armand Jung avance : « les dérives liées à l'alcoolémie concernent aussi les plus de 30 ans. Si on doit interdire l'alcool au volant, pourquoi cibler uniquement les jeunes ? »
Plusieurs pays européens, comme la Slovaquie, la Hongrie, ou la Roumanie ont déjà imposé cette mesure, « zéro alcool au volant » mais dans ces pays elle s'impose à l'ensemble de la population. Les jeunes ne sont pas traités comme une population à part.

«Les habitués de la tolérance zéro deviendront des adultes responsables »

Marie-Rose Le Guern, coprésidente de mélodie, croit pourtant à la pédagogie d'une telle mesure : « si les 18-25 ans prennent l'habitude de ne pas boire du tout avant de prendre le volant, ils deviendront eux même un exemple à suivre... ». Son pari :  que ces jeunes habitués à la tolérance zéro deviennent plus tard des adultes responsables et gardent ensuite leurs bonnes habitudes...
Pour Pierre Chasseray de « 40 millions d'automobilistes », mieux vaut « privilégier la prévention au lieu d'opter pour le tout répressif... Or aujourd'hui, les campagnes ne parlent pas assez aux jeunes ! » Il voudrait que des policiers soient mis à contribution à proximité des lieux festifs comme les boites de nuit...
Quelles que soient les solutions, l'enjeu est de taille : même si le chiffre du nombre de tués sur la route n'a jamais été aussi bas depuis 1948, date des premières statistiques, même si la mortalité des 18-25 ans a reculé de 10 % en 2013, le nombre de morts (3250), correspond à 9 tués par jour sur les routes de France et parmi eux, deux jeunes.