Santé et Forme

Pourquoi les donneurs de sperme sont-ils de plus en plus rares ?

16 décembre 2013

En 40 ans, 50 000 Français ont été conçus grâce à une insémination artificielle avec donneur de sperme. Mais aujourd'hui, ces donneurs sont de moins en moins nombreux. Pas par manque de générosité. Ils sont tout simplement inquiets : la baisse coïncide avec le début des débats sur la levée de l'anonymat.

En France, le don de sperme est anonyme et gratuit : tout homme majeur de moins de 45 ans peut être donneur s'il a déjà eu des enfants. Ce qui devrait permettre de compter sur un potentiel de plusieurs millions de personnes ! Et pourtant, on en est très loin : selon les dernières statistiques de l'Agence de Biomédecine, 358 donneurs de sperme seulement se sont présentés l'an dernier dans les Centres d'études et de conservation des œufs et du sperme (CECOS) répartis dans toute la France.

Plus inquiétant encore : ce chiffre est en baisse depuis 2009, année « faste » où 545 donneurs se sont présentés ! « Entre janvier et juillet 2013, nous avons eu quatre donneurs de sperme. Et là, en octobre, j’en ai vu cinq. C’est un petit mieux, » note le professeur Louis Bujan, président de la fédération des Cecos, également responsable du centre Midi-Pyrénées. Et comme la loi française interdit sagement à un même donneur d'être à l'origine de plus de 10 enfants, pour éviter les risques de consanguinité, la pénurie s'aggrave d'année en année.

« On commence à entrer dans une période critique »

Conséquence immédiate : le délai d'attente, pour les couples ayant recours à la procréation médicalement assistée, s'est allongé. A l'hôpital Cochin, à Paris, il est passé de 12 à 15 mois. « On commence à entrer dans une période critique », s'inquiète encore le professeur Bujan. D'autant que seuls 60 % de ces dons sont conservés : un tri obligatoire se fait sur les propriétés biologiques des gamètes, qualité du sperme et absence de risques de maladies génétiques.
Alors comment expliquer cette pénurie ? Le profil des donneurs aurait-il changé ?
Difficile à dire car il existe très peu de statistiques. Historiquement, les Cecos ont plutôt encouragé la discrétion sur l'origine et les motivations des donneurs, pour respecter l'anonymat. On donne son sperme comme on donne son sang, pour aider des couples en difficulté. Simplement par altruisme.

La possible levée de l'anonymat du donneur sème le trouble

Alors les Français seraient-ils devenus moins généreux ? Sûrement pas ! L'explication est ailleurs : cette tendance à la baisse correspond très exactement au retour du débat sur les lois de bioéthique et, en particulier, la question de la levée de l’anonymat des donneurs, récurrente depuis quelques années. Cette remise en cause de l'anonymat évoquée par les enfants nés de la procréation assistée a semé le trouble : « Les donneurs ont été déroutés, pour ne pas dire secoués quand ils ont vu des enfants, nés après insémination, faire part de leur douleur d’ignorer leur origine. Ces donneurs sont perplexes sur leur geste, ils ne comprennent pas : hier, ils étaient sur l’idée que leur don n’apportait que du bonheur, aujourd’hui, voir ces situations de souffrances les ont marqués », explique Emmanuelle Prada-Bordenave, présidente de l'Agence de la biomédecine. « Ils ne seront jamais mes enfants, le papa c'est celui qui les élève » insiste Cyril, père de 4 enfants et donneur de sperme régulier jusqu'en 2010, mais qui a cessé depuis.
Si la loi française n'a pas remis en cause l'anonymat, le débat a sans doute fait émerger des questionnements nouveaux chez des donneurs.