Famille

Quand les Français redécouvrent la famille !

22 janvier 2015

A Noël, les Français ont été 96 % à réveillonner en famille. La cellule familiale a démontré sa solidité en période de fêtes mais pas seulement : elle reste un repère, un refuge, une valeur phare pour les Français. Traditionnelle, recomposée, monoparentale, ou homoparentale, si la famille est plébiscitée, c’est parce qu’elle a su évoluer…
les français redécouvrent la famille

« Oh oui, c’est tellement beau la famille ! » s’exclame, ingénue, l’irrésistible Fabienne Lepic, interprétée par Valérie Bonneton, dans la série de France 2 «Fais pas ci, fais pas ça »… Tous les sondages récents le confirment : les Français sont nombreux à associer le cercle familial au « bonheur ». Selon « l’Atlas des jeunes en France » (publié par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire), 85 % des 18-29 ans jugent la famille très importante et beaucoup s’y sentent tellement bien qu’ils ne voient pas l’intérêt de s’en échapper trop tôt ! « Dans ma famille, c’est calme, on est comme dans un terrier, je n’ai jamais de problème avec mes parents et je décide pas mal de ce que je veux faire… » raconte Yannis, 20 ans, étudiant en histoire à Lille.

Il vit toujours chez ses parents, tous les deux infirmiers et il n’est pas pressé de partir ! Quand on écoute Yannis, on est loin du cri lancé par André Gide dans les années 70 : « Famille, je vous hais » ! Alors pourquoi, en 2015, la famille est-elle redevenue une valeur sûre ? Le sociologue François de Singly avance une première explication : « D’abord, la famille n’est plus, comme sous l’Ancien Régime, un moyen de transmettre un patrimoine. Il n’y a plus d’obligations, plus de pressions. Ce qui prime, ce n’est plus la forme que prend la famille, mais la logique qu’elle instaure, une logique affective, fondée sur la confiance… »

Jean-Louis et Karine sont mariés depuis 18 ans. Ils vivent dans le sud-ouest, près de Bayonne, avec Emma, 13 ans et Tom, 8 ans. Karine raconte : « Lorsqu’on fait du vélo, c’est à quatre. On privilégie les envies d’Emma et de Victor. Si on a fait des enfants, c’est pour être à fond avec eux. Grâce à nos horaires de travail, je suis infirmière et mon mari est kiné, nous arrivons à faire beaucoup de choses ensemble… » Aujourd’hui, peu importe que la famille soit « traditionnelle », recomposée ou monoparentale, ce qui compte c’est la stabilité affective qu’elle apporte. La famille moderne est une mosaïque. Lydie, 25 ans, se partage entre deux cercles familiaux : ses parents ont divorcé quand elle avait 3 ans, chacun s’est remarié. Elle a un frère et une sœur, une demi-sœur et les enfants de son beau-père, qu’elle considère aussi comme ses frères ! Pour elle, la famille ne se résume pas aux liens du sang : « Ma famille, ce n’est pas seulement ma mère, mon père et mes frères, ma famille est plus globale ! Bien sûr, c’est parfois compliqué une famille recomposée, mais c’est aussi une situation qui rend plus tolérant parce qu’on doit prendre en compte la personnalité de chacun… »

 

La famille contemporaine plaît parce qu’elle a su changer

Pas de doute : si la famille contemporaine plaît, c’est parce qu’elle est « élastique », parce qu’elle a su changer : sur 17 millions de familles en France, on compte aujourd’hui 1,9 million de familles monoparentales (elles étaient 680 000 seulement en 1962) et un enfant sur 10 vit dans une famille recomposée. Etre enfant de divorcé n’est plus tabou, bien au contraire. Cyrille est enseignant en école primaire dans l’Oise et il confirme : « Dans ma classe de CM2, les enfants revendiquent auprès de leurs camarades le fait de vivre dans une famille recomposée. Ils en sont fiers. Ils trouvent ça super ! Leur famille c’est leur force… Il y a quelques années, on n’en parlait beaucoup moins, c’était caché, occulté. La parole s’est libérée…» Il faut dire qu’au fil des années, le droit a accompagné cette évolution : en 1970, la loi a assoupli le divorce en remplaçant la puissance paternelle par l’autorité parentale et donné à chaque parent les mêmes droits et les mêmes devoirs envers les enfants. Deux ans plus tard, la loi a placé sur un même pied d’égalité juridique les enfants légitimes et ceux dont les parents ne sont pas mariés. En sortant la famille du cadre juridique du mariage, la loi a accompagné l’évolution des mœurs et renforcé l’idée que la famille pouvait être, avant tout, un refuge affectif.

 

Le mois prochain dans Complément’air : Entraide familiale :

Fin février, lisez la deuxième partie de notre enquête sur la famille : l’entraide familiale n’a jamais autant compté qu’aujourd’hui ! Si on évoquait jusqu’à maintenant le rôle essentiel des grands parents pour aider leurs enfants et notamment garder les petits-enfants, l’entraide familiale s’est généralisée : parents, grands-parents, mais aussi oncles, tantes, frères et sœurs, cette fois tout le monde s’y met !