Progrès médicaux

De nouvelles pistes pour comprendre nos émotions, selon l’Inserm

18 mars 2021

Nos émotions sont-elles innées ? Quels mécanismes permettent de les identifier chez nous ou chez les autres ? De vastes questions auxquelles des chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), de l’Université de Caen Normandie, de l’École Pratique des Hautes Études et des CHU de Caen et de Rennes semblent avoir trouvé des éléments de réponse. Nos émotions pourraient en effet se construire progressivement… ou se déconstruire, selon notre connaissance du langage.

Les émotions : un concept complexe

Vous vous êtes souvent demandé d’où venaient vos émotions ? Les scientifiques aussi, et il existe de multiples définitions du concept d’émotion. Si le philosophe René Descartes en a identifié six (l'admiration, l'amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse), celles que nous ressentons dans la vraie vie semblent bien plus complexes.

Aussi, de nombreuses questions persistent autour de leurs origines ou de leur manière de se construire. Certaines hypothèses de neurosciences tendent à démontrer que nos émotions seraient des notions innées, biologiques et universelles aux définitions bien établies. Mais d’autres avancent le contraire. Nos états émotionnels et notre faculté à les reconnaître évolueraient tout au long de la vie selon nos expériences, notre environnement et nos sensations. On parle alors d’hypothèse constructionniste.

Une capacité à identifier les émotions selon notre connaissance du langage

Pour vérifier l’une ou l’autre de ces théories, les chercheurs de l’Inserm et du laboratoire « Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine » ont réalisé une étude avec des individus atteints de démence sémantique. Cette maladie neurodégénérative altère la mémoire conceptuelle et les connaissances du monde, des objets ou du langage. Il apparaît que ces patients éprouvent plus de difficultés à reconnaître les états émotionnels chez d’autres personnes, ou encore à les associer à des synonymes. Des examens d’imagerie cérébrale ont également montré que le même réseau cérébral était utilisé à la fois dans le processus « affectif » de reconnaissance des émotions faciales et dans la mobilisation de nos connaissances conceptuelles des émotions. Ces résultats permettent aux chercheurs d’établir le lien entre perte de mémoire des connaissances et difficultés à identifier les émotions.

Pour Maxime Bertoux, chargé de recherches à l’Inserm, « cela nous permet d’apporter de nouveaux éléments pour confirmer la théorie constructionniste des émotions : nous construirions culturellement nos émotions depuis l’enfance ». Les résultats de cette étude présentent aussi un intérêt clinique, pour mieux comprendre les perturbations émotionnelles causées par certaines maladies psychiatriques et neurodégénératives.


En savoir plus avec le communiqué de l’Inserm : Les neurosciences apportent de nouvelles pistes pour comprendre l’origine de nos émotions