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Environnement  : faut-il interdire l’avion sur les courtes distances ?

1 août 2019
Le voyage d'une personne en avion émet 50 fois plus de CO2 que le même trajet fait en TGV. En tenant compte de l'ensemble des gaz émis, « le transport aérien est à l'origine de 4 à 4,9 % du réchauffement climatique mondial » note le Réseau Action Climat. Ce n’est pas rien ! Alors que dans toute l’Europe, une réflexion est engagée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par les avions, des députés français ont proposé à la mi-juin de faire cesser les vols intérieurs en France lorsqu’il est possible de les remplacer par un trajet en train sans trop de complications. 72 liaisons quotidiennes étaient concernées. Cette proposition a été repoussée par le Gouvernement mais elle nous donne l’occasion de réfléchir et d’observer ce qui se passe ailleurs que chez nous. Aux Pays-Bas, la ligne aérienne Amsterdam / Bruxelles a été supprimée. En Suisse, des députés réclament des avertissements du même type que ceux qui sont apposés sur les paquets de cigarettes avec ce slogan : « l’avion nuit gravement au climat ». En Suède, le choix a été fait de taxer chaque passager pour chaque décollage et chaque atterrissage (contrairement à l’essence, le kérosène n’est pas taxé). En Suède toujours, on est allé encore plus loin en créant un mouvement baptisé « Flygskam » ou «honte de l’avion » qui vise à culpabiliser les voyageurs aériens. Et ça marche ! le nombre de passagers suédois a diminué de plus de 5 % sur an sur les vols domestiques.

Prendre l’avion sur une courte distance sera-t-il un jour complètement interdit pour préserver notre environnement ? C’est possible ! Début juin 2019, et pour la première fois, plusieurs députés d’opposition de courants différents ont déposé des amendements, visant à demander la suppression de certains vols intérieurs pour réduire la pollution de l’air. Le Gouvernement a repoussé la proposition mais le texte a eu le mérite d’ouvrir le débat et de donner l’occasion d’observer ce qui se passe chez nos voisins européens.

La proposition française visait à interdire l’avion sur toutes les lignes intérieures pour lesquelles il existe un trajet en train équivalent, sans correspondance, pour un temps supplémentaire allant jusqu'à 2 h 30.

Parmi les lignes aériennes concernées figuraient celles reliant Paris aux aéroports de Lyon, Marseille, Bordeaux, Rennes, Nantes, Bâle-Mulhouse, Lorient ou Bruxelles entre autres, dont les temps de trajet en train sont tous inférieurs à trois heures, sans ligne transversale possible. Cela entraînait la disparition de 72 vols quotidiens.

En Suède, chaque passager paie désormais une taxe sur le décollage et sur l’atterrissage au nom de la lutte contre la pollution

Partout en Europe, de plus en plus de personnes évitent, autant que possible, de prendre l’avion au nom de la protection de l’environnement.

En Suisse, deux élues écologistes réclament l’interdiction des publicités de compagnies aériennes dans les gares et des avertissements semblables à ceux des paquets de cigarettes : «L‘avion nuit gravement au climat». Aux Pays-Bas, le parlement a voté en faveur d’une suppression de la liaison aérienne entre Amsterdam et Bruxelles, afin de favoriser le train tout aussi rapide sur une courte distance.

D’autres pays ont choisi de taxer les déplacements en avion. C'est ce qu'a mis en place la Suède, avec un impôt payé par chaque passager pour l'atterrissage et le décollage. L'avion bénéficie encore aujourd’hui d'une niche fiscale, puisque le kérosène n'est pas taxé, contrairement au carburant terrestre. L’idée a été évoquée en France mais chez nous les taxes diverses représentent déjà plus du tiers d'un billet pour un vol intérieur.

Six aller-retour Paris-Marseille en avion, c'est autant de carbone que le chauffage annuel d'un ménage moyen français.

Dernier recours possible : informer davantage les passagers, et en appeler à leur responsabilité individuelle. Expliquer par exemple, que six aller-retour Paris-Marseille en avion, c'est autant de carbone que le chauffage annuel d'un ménage moyen français. Certes l'avion est responsable d’une faible part des émissions françaises de gaz à effet de serre, comparé à la voiture. Mais il représente aussi une très faible minorité des déplacements. A capacité de transport égale, l’avion pollue donc 2,5 fois plus que la voiture et 60 fois plus que le train.

En Suède, on est allé au delà du simple dispositif d’information, en créant un mouvement qui culpabilise les voyageurs. Ce mouvement porte même un nom : Flygskam, littéralement « honte de l’avion ». Depuis le lancement de ce mouvement, le nombre de passagers suédois a diminué de près de 4,4% sur un an, dont – 5,6% sur les vols domestiques.