Infos clés sur la retraite

Les seniors actifs partent plus tard à la retraite, mais leurs arrêts maladie sont de plus en plus longs et coûtent davantage

8 août 2019

Le coût global des arrêts de travail des séniors (public et privé confondus) a augmenté de 500 millions d’euros en 2018 et la hausse se situe autour de 13 % sur les 4 dernières années. Un rapport de la CNAM (Assurance maladie) tire la sonnette d’alarme. Cette hausse vertigineuse des coûts serait une conséquence directe de la réforme des retraites de 2010. Depuis cette réforme, nous partons à le retraite plus tard qu’avant. Pour les agents hospitaliers de catégorie « sédentaire », l’âge d’ouverture des droits à la retraite est fixé à 62 ans, et il reste fixé pour le moment à 57 ans pour les agents de catégorie « active ». Mais à l’hôpital comme ailleurs, ce qu’on n’avait pas vraiment prévu, c’est la forte hausse des indemnités pour arrêts de travail des séniors. Si notre système nous pousse à travailler plus longtemps (la réforme des retraites de 2019 devrait même nous inciter à travailler jusqu’à 64 ans) le système n’a visiblement pas anticipé le vieillissement de la population et le maintien en activité des sexagénaires. De plus en plus de séniors restent actifs plus longtemps, mais selon la CNAM, ils s’arrêteraient plus souvent et plus longtemps que l’ensemble des salariés : 52 jours en moyenne pour les 55-59 ans mais 76 jours à partir de 60 ans.
Retraite tardive et arrêt maladie des séniors

 

Selon un rapport publié par la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie) le coût des arrêts maladie des seniors a augmenté de 13,4% sur les quatre dernières années, passant de 6,3 à 7,1 milliards d’euros par an. Avec un coût supplémentaire de 500 millions d’euros uniquement en 2018.

Ce phénomène pourrait être une conséquence directe de la réforme des retraites de 2010. C’est ce que suggère l’Assurance Maladie dans son rapport. Avec l’augmentation de l’âge légal de départ en retraite de 60 à 62 ans (pour les salariés du privé comme pour les agents hospitaliers de catégorie sédentaire), on compte en France davantage de travailleurs âgés. Selon l'étude du Conseil d'orientation des retraites (COR), publiée en juin 2018, le taux d'emploi des 60-64 ans a progressé de près de douze points entre 2010 et 2017, pour atteindre 29,4 % d'actifs dans cette tranche d'âge aujourd'hui.

Les arrêts maladie les plus longs touchent surtout les salariés de plus de 55 ans

Or les arrêts maladie les plus longs touchent surtout les salariés de plus de 55 ans. Si la durée moyenne annuelle d’arrêt de travail indemnisé pour l’ensemble des salariés s’élève à 33 jours, celle-ci double chez les seniors de plus de 60 ans… atteignant les 76 jours. Des seniors actifs donc, mais qui s'arrêteraient plus souvent et surtout plus longtemps que l'ensemble des salariés Et comme cette tranche d'âge bénéficie de salaires plus élevés, le niveau d'indemnisation augmente automatiquement. De quoi faire s'envoler le coût des indemnités journalières. Et cela ne devrait pas s’arranger avec la nouvelle réforme des retraites prévue pour fin 2019, qui nous incitera à travailler jusqu’à 64 ans. Selon le COR, les Français seront 60 % en 2042 à être encore actifs au delà de 59 ans.

Un système qui n'est pas assez adapté au vieillissement de la population

«Le problème réside dans le manque d'anticipation du vieillissement programmé de la population active » explique Frédéric Bizard, économiste de la santé. Autrement dit, notre système ne s’est pas suffisamment préparé au vieillissement de la population et au maintien en activité des seniors. Il aurait fallu que les employeurs pensent à adapter chaque poste de travail à chaque salarié, en particulier aux seniors. Frédéric Bizard estime qu'il n'y a pas de fatalité à ce qu'ils tombent plus malades que d'autres : « Les seniors d'aujourd'hui sont en bien meilleure santé que leurs pairs il y a vingt ans, et leur expérience leur permet de mieux gérer que les jeunes les situations de stress ou d'organisation tendue du travail… qui sont générateurs d'arrêts maladie. »

Mais peut-être faut-il dès aujourd’hui changer notre regard sur le travail des salariés seniors.