Vie à l'hôpital

Pénurie d’infirmiers spécialisés (IBODE) dans les blocs opératoires : des mesures transitoires pour éviter les reports d’opérations à l’hôpital

25 juillet 2019
Tout est parti d’un décret de 2015 réservant aux infirmières spécialisées (IBODE) un certain nombre d’actes exclusifs à partir du 1er juillet 2019. Seul problème : malgré les 4 ans écoulés depuis la publication du décret, seulement 5 000 infirmières IBODE sont aujourd’hui formées, quand il en faudrait 18 500 pour réaliser tous les actes réservés. Aujourd’hui, 2/3 des infirmières qui travaillent en bloc opératoire ne sont pas des IBODE. Si le texte de 2015 avait été appliqué tel quel, les infirmières IDE, qui sont nombreuses à pratiquer ces actes dans les blocs opératoires, auraient dû cesser de le faire : des opérations risquaient d’être repoussées ou annulées. Le décret de 2015 risquait d’aboutir à un manque d’infirmiers de blocs opératoires. Ce qui aurait même pu conduire à des fermetures de services.Les pouvoirs publics ont donc finalement décidé, à nouveau par décret, que les infirmiers (IDE) qui ont au moins deux ans d’expérience au bloc, avec pratique régulière de certains actes exclusifs (écarter, aspirer et électrocoaguler) ont jusqu’au 31 octobre 2019 pour déposer un dossier et passer devant un jury (composé d’un représentant de l’Etat, d’un chirurgien et d’un IBODE) pour obtenir une autorisation d’exercice de ces actes. Ce qui devrait permettre d’éviter les reports d’opérations et de disposer, début 2020, de suffisamment d’infirmières IDE habilitées à travailler au bloc.
Faire face aux pénuries d'IBODE à l'hôpital

Dans les hôpitaux, les inquiétudes sont nées, ces derniers mois, de l’application compliquée d’un décret de 2015 visant à professionnaliser davantage la fonction d’infirmière de bloc (IBODE). Un décret pris il y a 4 ans, mais applicable le 1er juillet 2019. Le texte exigeait en effet des infirmiers plus spécialisés (les « IBODE ») dans les blocs opératoires. Il prévoyait que ces derniers seraient désormais les seuls habilités, dès le 1er juillet 2019, à pratiquer trois actes essentiels d’assistance au chirurgien : écarter, aspirer (le sang, les sérosités…) et électrocoaguler (pour cautériser). Trois actes jusque-là réalisés par tous types d’infirmières, y compris les IDE.

Sous-effectif des IBODE dans les hôpitaux

Or, à ce jour, les IBODE ne sont que 5000 alors qu’il en faudrait 18500… Résultat : de nombreux blocs risquaient de fermer ou des interventions risquaient d’être annulées pour se conformer au fameux décret : sans les IBODE, pas question d’opérer !

Dérogations au décret de 2015 pour permettre aux infirmières IDE d’accomplir des actes normalement réservés aux infirmières IBODE au bloc opératoire

Face à ces inquiétudes, les pouvoirs publics ont finalement pris un nouveau décret pour éviter le blocage de la situation. Il dispose que, par dérogation, un infirmier non IBODE, pourra pratiquer ces trois actes et pose un cadre.

Les infirmiers (IDE) qui ont au moins deux ans d’expérience au bloc, avec pratique régulière de ces actes, ont jusqu’au 31 octobre 2019 pour déposer un dossier aux ARS ou aux DRJSCS. Ils devront passer devant un jury composé d’un représentant de l’Etat, d’un chirurgien et d’un IBODE collaborant avec les écoles d’IBODE. A l’issu de l’analyse du dossier et de l’entretien, il y aura trois possibilités : soit ils obtiendront une autorisation d’exercice de ces actes, soit ils devront suivre et valider une formation de 21 heures pour continuer à les pratiquer, soit il n’y aura pas d’autorisation du tout. La décision sera définitive et le droit de pratiquer ou non ces actes sans être titulaire du diplôme d’Etat d’Infirmier de bloc opératoire aussi.

Attention : toutes les personnes qui n’auront pas déposé leur dossier pendant cette période de 6 mois ou qui ne répondent pas aux critères exigés, n’obtiendront pas l’autorisation. Il n’y aura pas de dérogations délivrées ultérieurement. Concrètement, pour ces 3 actes (écarter, aspirer, électrocoaguler), seules les IDE qui auront validé leur dossier et les IBODE seront en mesure de les pratiquer.

En revanche, les autres actes dits « exclusifs » aux IBODE recensés par le décret de 2015 (installations en positions chirurgicales, pose de redons, gestes d’assistance chirurgicale…), restent réservés aux IBODE, sans dérogation possible pour les IDE.