Famille

Personnes âgées : pourquoi ce sentiment de mise à l’écart de la société ?

7 juin 2018

Un rapport du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), publié en mai 2018, met en cause sévèrement le regard que notre société pose désormais sur la vieillesse. Pour le CCNE, même si l’idée de l’hébergement en Ehpad part d’un bon sentiment (sécuriser et accompagner les plus vulnérables), elle crée un sentiment fort « d’exclusion de la société »  et « d’isolement » des résidents. 
Le rapport remet en cause la logique qui consiste à « concentrer les personnes âgées entre elles et dans un même lieu », mais souligne les efforts du personnel des Ehpad « qui font du mieux qu’ils peuvent avec des moyens qu’ils n’ont parfois pas…»  
La solution proposée ? Mieux intégrer les maisons de retraite dans le reste de la société et dès l’école, rappeler aux élèves cette idée simple : l’aide aux plus vulnérables est « un devoir démocratique nécessaire »…
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En France, on compte aujourd’hui 6,1 millions de 75 ans et plus, qui représentent 9 % de la population française. Mais en 2060, ils devraient atteindre plus de 16 % ! Une population en pleine croissance grâce, notamment, à l’augmentation de la durée de l’espérance de vie (on vit de plus en plus vieux), mais une population « négligée » et « mal prise en compte par la société », selon un récent rapport du Comité  Consultatif National d’Ethique (CCNE) publié en mai 2018.

Une mise à l'écart des personnes âgées ?

Le rapport s’intéresse tout particulièrement aux 577 000 personnes hébergées dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Il juge sévèrement ce qu’il appelle une mise à l’écart des personnes âgées : « cette exclusion de fait de la société, même si elle vise aussi de façon louable à sécuriser et à accompagner ces personnes vulnérables, pose de véritables problèmes éthiques, notamment en termes de respect dû aux personnes... » Et le CCNE ajoute : « Les résidents doivent ainsi « payer cher » (tarif médian de 1 949 euros par mois) pour être dans un lieu qu’ils n’ont la plupart du temps pas choisi, qui les isole, et dans lequel les professionnels font du mieux qu’ils peuvent avec des moyens qu’ils n’ont parfois pas ».

Pour les personnes âgées, un sentiment trop souvent répandu d’être une charge ou d’être en trop…

Du coup, le sentiment de solitude ressenti par les résidents est fort.

Ils « intériorisent » la conception négative du vieillissement qui traverse la société française. Quand on les interroge, ils parlent eux-mêmes du sentiment « d’être une charge, d’être en trop, ou encore de n’être plus… » C’est peut-être la raison pour laquelle la France a le triste privilège d'avoir, au sein de la Communauté européenne, le taux le plus élevé de suicides des personnes âgées de plus de 75 ans.

Le tableau dépeint est sombre. Certaines de ces personnes âgées «entrent en résilience et se résolvent à leur triste condition, s’adaptent bon an mal an à l’institution ». Quant à celles qui ne se résignent pas, elles développent une « dépression réactionnelle et se laissent mourir ou se font mourir du fait d’un sentiment d’indignité ».

L’âge moyen des résidents en EHPAD est de 85 ans. La durée moyenne du séjour est de 2 ans et demi et 3 résidents sur 4 sont des femmes. Les auteurs du rapport posent la question sans détour : « Sur quels fondements repose le fait de réduire l’espace d’une personne âgée à celui d’une cellule monacale, de concentrer les personnes âgées entre elles et dans un même lieu ? »

Mieux intégrer les Ehpad dans la société et penser dès l’école que l’aide aux personnes âgées est un devoir absolu de chacun

Quelles solutions peut-on apporter ? Pour le CCNE, si le maintien à domicile est souvent « difficile, voire impossible », c’est à la fois parce que les aidants « naturels » que sont les proches ne sont pas suffisamment soutenus et que les professions du maintien à domicile ne sont « pas suffisamment valorisées socialement ni convenablement rémunérées ».

Et il s’interroge sur la possibilité de penser le développement du concept d’« Ehpad hors de l’Ehpad » : l’idée, très novatrice, serait d’intégrer par exemple un ou deux étages pour ce type d’hébergement dans les immeubles nouvellement construits.

Mais la solution sur le long terme passe aussi par l’éducation :  pour le CCNE, il faudrait, dès l’école, «penser l’aide aux plus vulnérables comme un devoir démocratique nécessaire ». Des notions que, pour le moment, notre société semble avoir un peu perdues de vue.