15 décembre 2013

Greffes d'organes : les soignants face au refus des familles

Les soignants sont en première ligne pour faire progresser le don d'organes en France. Mais ils se heurtent souvent au « non » catégorique des familles des personnes décédées. Le comédien Michael Youn tourne un téléfilm sur le sujet. Son espoir ? Faire changer les mentalités et donner un coup de pouce aux soignants dans cette délicate mission... 



Selon l'Agence de la Biomédecine, sur 16 200 patients en attente d'une greffe d'organe depuis le début de l'année 2013, seuls 4000 ont eu la chance de recevoir un greffon. José, aide-soignant en région parisienne, s'en émeut : « Combien de patients, en attente de reins depuis parfois plusieurs années, sont obligés de se faire dialyser jusqu'à 4 fois par semaine ? Pour eux, c'est pas une vie ! ». Paradoxalement, dans la plupart des enquêtes d'opinion, les Français se disent favorables aux dons d'organes. Alors pourquoi sont-ils si peu nombreux à passer à l'acte ? « Dans la spontanéité, les gens proposent de faire un don, mais quand ils réalisent ce que ça représente, les examens nécessaires, ils se rétractent », analyse Patrick, en attente précisément d'une greffe de rein. Les statistiques sont d'ailleurs cruelles : en France, seulement 6 greffes sur 100 sont réalisées grâce à des donneurs vivants.

Le rôle déterminant des soignants

Alors les malades reportent leurs espoirs sur les donneurs décédés. Et c'est là que les soignants ont un rôle déterminant à jouer. Car ils sont en contact direct avec les familles qui vont autoriser, ou pas, le prélèvement d'organe sur leur parent décédé. Les soignants ont la lourde tâche de convaincre, et c'est souvent mission impossible : « Au moment du décès, les familles sont dans l'émotion, elles ne raisonnent plus et ont tendance à dire non », explique Jean-Pierre Scotti, président de la Fondation « Greffe de vie ». « Les greffes posent aux familles des questions d’identité et d’éthique, par rapport à leur défunt, à la personne qu’il était, au respect de son corps, à son âme... », précise de son côté Jean-Michel Dubernard, l’un des pionniers de la transplantation d’organes à Lyon.
« Pour le personnel soignant, c'est un rôle très ingrat car il faudrait avoir du temps pour parler aux familles, mais hélas, très souvent, tout se fait dans l'urgence, de peur de perdre le greffon... On n'a pas forcément le temps de faire de la psychologie», explique Sylvie, cardiologue à Strasbourg.

Michael Youn : « je suis prêt à donner ! »

Pour tenter d'inverser la tendance, l'essentiel est de faire savoir, de son vivant, qu'on est prêt à donner ses organes après sa mort, pour que la famille soit au courant. Il existe bien sûr une carte de donneur, mais elle n'a pas de valeur légale. « C'est une indication pour les familles, car elle représente l'intime conviction du défunt », explique Alain Artinault, directeur du service de don d'organe de l'Agence de la biomédecine.
Pour tenter de faire passer le message au plus grand nombre et aider les soignants dans leur tache si difficile, le comédien Michael Youn, très engagé dans ce combat, tourne actuellement un téléfilm sur le don d'organes : « Un de mes cousins a bénéficié d'une greffe, ce qui lui a permis de vivre plus longtemps... Ça m'a sensibilisé à la question et je me suis dit qu'au paradis, je serai heureux si mes yeux ou mon rein pouvaient sauver une vie... Je suis prêt à donner ! », prévient-il avec conviction ! En espérant que chacun ait le réflexe, de son vivant, de faire savoir qu'il est prêt à faire ce don de vie.

Pour en savoir plus sur le travail en milieu hospitalier, consultez les articles suivants :
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