27 mars 2014

Peut-on vraiment lutter contre la maltraitance des animaux ?

Pour lutter contre les violences faites aux animaux, une pétition réclame, depuis plusieurs mois, un statut juridique particulier pour « nos amies les bêtes ». Mais les pouvoirs publics viennent de repousser cette proposition. Car si l'initiative part d'un bon sentiment, il paraît difficile  de faire voter une loi qui devrait s'appliquer à tous les animaux, aux chiens et aux chats, comme aux animaux d'élevage industriel





Qui n'a pas été ému par cette vidéo d'un chat lancé contre un mur par un individu qui avait filmé ses
 « exploits » ? L'homme a été condamné à un an de prison ferme par le Tribunal correctionnel de Marseille, pour « acte de cruauté et de maltraitance envers un animal ». Du coup, une pétition lancée par la Fondation « 30 millions d'amis » fin 2013 a été remise au goût du jour. Elle demande de modifier la loi pour mieux protéger les animaux de la maltraitance. Le texte réclame une existence juridique pour les animaux. Car pour le moment, notre Code Civil datant de 1804 considère les animaux comme... des « bien meubles », au même titre qu'une table ou une chaise ! Ces dispositions datent d'une époque où les animaux étaient surtout considérés sous l'angle utilitaire, dans une France essentiellement rurale.

«Les animaux ressentent de la peine, du plaisir, de la douleur... »

« En 2014, c'est une anomalie juridique », s'indigne Reha Hutin, présidente de la Fondation « 30 millions d'amis », « car l'évolution de la science a prouvé l'aptitude des animaux à ressentir de la peine, du plaisir ou de la douleur, et il est temps de leur accorder un statut conforme à leur nature d'être vivants et sensibles ! » La pétition réclame donc la création, dans le Code Civil, d'une catégorie à part pour les animaux entre les
 « personnes » et les « biens ».
Elle a déjà recueilli plus de 626 000 signatures.
De son côté, Pierre de Boisguilbert, porte-parole de la Fédération des chasseurs, a évidemment une autre conception du rôle de l'animal : « L'homme doit conserver le pouvoir sur l'animal. Si la loi est modifiée, les associations de défense des animaux pourront exercer une action en justice au nom de l'animal, cela pourra avoir pour conséquence d'interdire la chasse et la corrida, mais aussi les animaux dans les cirques, et pourquoi pas l'élevage...»

Une remise en question de l'élevage industriel ?

En effet, comment voter une loi qui s'appliquerait aussi bien aux animaux de compagnie (ils sont 63 millions en France dont 8 millions de chiens et 10 millions de chats) et aux autres, notamment ceux qui sont élevés en élevage industriel et donc intensif ?
Pour répondre à la demande des consommateurs, l’élevage industriel produit le plus possible, le plus rapidement et à un moindre coût. Les animaux doivent occuper le moins longtemps possible les locaux, donner le moins de travail, prendre le moins de place, c'est une question de rentabilité.
Pour fournir, par exemple, les 15 milliards d'oeufs consommés chaque année par les Français, 80 % des poules vivent dans des cages, sur une surface qui ne dépasse pas, pour chacune, le format d'une feuille de papier A4 ! Les animaux y sont souvent élevés dans un environnement particulièrement sordide : sol entièrement grillagé, éclairage artificiel de nuit comme de jour, absence de perchoir… Des conditions en totale opposition avec les besoins de l’espèce. Les porcs, les veaux, vaches et aussi les poissons, subissent le même sort dans les élevages industriels où ils sont confinés.
Donner un statut juridique aux animaux, ce serait mettre en cause l'élevage industriel, avoir le courage d’affronter le lobby agro-industriel et fragiliser la filière des éleveurs.
Les pouvoirs publics n'y sont pas prêts : ils viennent de répondre négativement à la demande de la Fondation « 30 millions d'amis ».
A l'occasion du dernier Salon de l'Agriculture, le Président de la République François Hollande s'est expliqué : «Dans le code rural notamment, l'animal est déjà considéré comme un être sensible. Pourquoi ajouter d'autres considérations? Beaucoup d'efforts ont été réalisés pour le bien-être animal sans qu'il soit nécessaire de le traduire par une loi. Et sur l'abattage, nous devons veiller à faire respecter des conditions qui ne le fassent pas souffrir... »




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