16 octobre 2014

Médicaments : pourquoi ils agissent mieux sur les hommes que sur les femmes !

Cet été, le très sérieux magazine « Science et vie » a tiré la sonnette d'alarme : les médicaments seraient créés avant tout pour les hommes et seraient parfois dangereux pour les femmes ! Trop longtemps, les biologistes n'ont pas tenu compte de la différence hommes/femmes dans la conception même des médicaments. Ces pratiques changent...lentement !



Une série d'observations récentes, issues d'études épidémiologiques menées dans le monde entier, révèle que les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans la maladie, ni même dans l’utilisation thérapeutique des médicaments ! L'aspirine, par exemple, est le médicament le plus consommé chez l'homme comme chez la femme, mais il n'a pas les mêmes effets. Si elle protège le cerveau des femmes de l'AVC, elle prévient surtout l'infarctus chez les hommes. Il faudrait donc la prescrire de façon différenciée selon le sexe et le type de pathologie encourue.
Autre exemple : le coeur d'une femme ne réagit pas comme le coeur d'un homme ! Il est différent dans son anatomie (avec notamment de plus petites artères) et dans son fonctionnement. Même si le risque cardiaque reste statistiquement plus mortel pour l'homme, il n'est pas négligeable pour la femme : « il tue dix fois plus de femmes en Europe que le cancer du sein ! » s'exclame Claire Mounier Véhier, vice-présidente de la Fédération de cardiologie. Pourtant, 30 % seulement de la recherche consacrée aux maladies cardiaques s'intéresse aux spécificités de ces maladies chez la femme...
Troisième constat : on sait désormais que la vaccination s'avère plus efficace chez les femmes. Car le système immunitaire de l'homme serait moins performant. En cause : le niveau de testostérone plus élevé qui freinerait les réactions du système immunitaire mâle. Des chercheurs américains ont ainsi observé que les femmes produisent la même quantité d'anticorps que les hommes avec la moitié de la dose normale ! Ils proposent aujourd'hui qu'on tienne davantage compte de ce phénomène et que l'on réduise les doses de vaccins administrées aux femmes pour leur éviter trop d'effets secondaires.

En matière de santé, « Si on traite la femme comme l'homme, on la traite mal.. »

« Si on veut une vraie parité en santé, la prise en compte des différences biologiques s'impose. Si on traite la femme comme l'homme, on la traite mal... » prévient Claudine Junien, professeur de génétique à l'Inra.
Cette volonté de différencier l'approche médicale et les traitements selon le sexe est un phénomène nouveau. L'enquête de « Science et vie » révèle que jusqu'à présent, dans la recherche, le sexe a longtemps été considéré comme une donnée négligeable. Il aura fallu attendre 2001 pour que soit publié aux Etats-Unis, un premier rapport sur l'importance du sexe dans la médecine. Mais en 2011, 30 % des études publiées en neurosciences, en physiologie ou en biologie ne précisaient toujours pas le sexe des animaux sur lesquels elles avaient été menées. Et quand le sexe était précisé, les femelles étaient la plupart du temps sous représentées. On observe d'ailleurs ce phénomène à tous les stades de la recherche médicale, et pas seulement en laboratoire avec les animaux. « Les études cliniques qui testent la sécurité des médicaments ne comptent presque que des hommes », s'alarme Walter Malorni, professeur à l'institut national de la santé en Italie.

« Les laboratoires ne veulent pas doubler leurs coûts... »

Alors comment expliquer ce phénomène ? En laboratoire, les chercheurs ont longtemps préféré mener les tests sur des rats mâles « pour éviter que les hormones ne viennent perturber les résultats », précise encore Claudine Junien. Et tant pis si ce choix arbitraire biaisait les résultats ! L'historienne de la médecine Catherine Fussinger rappelle aussi que les féministes des années 1970 se sont battues contre « une médecine faite par et pour des hommes » et que dans la recherche médicale aussi les femmes ont sûrement été victimes du machisme ambiant. Reste l'explication économique : tenir compte du sexe prend du temps et coûte cher aux laboratoires pharmaceutiques : « ils ne veulent pas doubler leurs coûts », explique Susan Phillips, chercheur au Canada. Pour tenter de leur forcer la main et changer les pratiques, l'institut national de la santé américain (NIH), qui finance une grande partie de la recherche biomédicale, a décidé, juste avant l'été qu'aucune subvention ne serait désormais accordée à l'avenir si les études n'analysaient pas leurs résultats en fonction du sexe. Pour le plus grand bénéfice des patients... et des patientes !

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