Progrès médicaux

Des chiens : pour dépister les cancers !

28 janvier 2016
Plusieurs études très sérieuses montrent que les chiens, doués d'une sensibilité olfactive bien supérieure à l’homme, sont capables de détecter certains cancers de façon précoce ! Et si le meilleur ami de l’homme était aussi le meilleur garant de sa santé ? La pratique reste encore expérimentale, mais elle est prise très au sérieux : en Angleterre par exemple, les pouvoirs publics ont accepté qu'une association de « chiens renifleurs » participe à un essai clinique. En France aussi, on est en pointe dans ce domaine, grâce aux travaux du professeur Olivier Cussenot, à l’hôpital de Tenon.
Des chiens pour dépister des cancers
En 1989, déjà, une Britannique avait remarqué que son dalmatien reniflait sans cesse son grain de beauté. Intriguée, elle l’avait fait examiner par un médecin… On lui avait finalement diagnostiqué un « mélanome malin » dont elle a été sauvée juste à temps. Troublant ?
Beaucoup plus récemment, en octobre 2015, c’est une Américaine, Tara Leonard, qui a défrayé la chronique : elle a expliqué dans les journaux locaux comment sa chienne Willow avait détecté son cancer du sein : « Willow a sauté sur le lit et a mis son nez sur mon côté gauche. Je lui ai dit de descendre parce que j'étais en train d'étudier…Willow est retournée au sol et a commencé à éternuer. Puis elle est revenue sur moi et a laissé une substance visqueuse sur mon chandail, du côté de son sein gauche. Quand j'ai voulu l'enlever, c'est là que j'ai senti une bosse », raconte Tara… Elle s’est immédiatement rendue chez un médecin. Une mammographie puis une biopsie ont confirmé le diagnostic : elle était bien atteinte d’un cancer du sein ! Face à ces témoignages très surprenants, les chercheurs ont donc décidé de s’intéresser au phénomène et de l’expliquer : au cours de leur évolution, les cellules cancéreuses libèrent des molécules volatiles odorantes dont on retrouve des traces dans le sang, l'haleine, la sueur ou encore l'urine. Or, il apparaît qu'elles peuvent être détectées par les truffes des chiens, grâce à leurs 200 millions de cellules olfactives (contre 5 millions chez l'homme).

En France, un berger malinois a réussi à détecter 30 malades sur 33 !

En mars dernier 2015, lors du congrès annuel de la Société américaine d'endocrinologie, les chercheurs de la faculté de médecine de l'Arkansas ont présenté le cas très étonnant d’un berger allemand baptisé Frankie. Il a su détecter, dans les urines, des cancers de la thyroïde avec un taux de réussite de 88 % ! A la lecture des résultats, les chercheurs n’en croyaient pas leurs yeux : « Nous avons examiné cela avec scepticisme, d'un point de vue scientifique, mais les données recueillies n'ont fait que valider le fait que les chiens présentent un potentiel clinique remarquable…» En 2014, une étude de l'Istituto Clinico Humanitas de Milan a montré que des chiens s'étaient révélés plus efficaces pour déceler les cancers de la prostate que le test de référence. Avant cela, en 2011, une expérience similaire avait été réalisée dans l'armée française, à l'unité cynophile de la base aérienne d'Orléans-Bricy (Loiret). Un berger malinois avait ainsi réussi à détecter 30 malades sur 33 d'après leurs échantillons d'urine. C’est le professeur Olivier Cussenot, urologue à l’hôpital Tenon qui avait conduit l’expérience : « Le chien “voit” avec son odorat. Sa surface olfactive est dix fois supérieure à la nôtre. Nous avons montré, en 2011, que la fiabilité de l’odorat canin (chien malinois), pour les diagnostics précoces au stade curable, est de 90 %, alors que celle du test sanguin PSA n’est que de 30 %. Nous utilisons les urines des patients : le chien s’arrête devant celle qui est positive pour le cancer... »

« Le problème est que le chien n’est opérationnel que pendant cinq ans… »

Pourtant, l’utilisation du chien renifleur pour dépister les cancers a ses limites : le dressage prend du temps et l'acuité olfactive du chien peut varier en fonction de l'âge et du régime alimentaire. Olivier Cussenot le reconnait : « actuellement, nous venons de commencer la formation de deux chiots de 3 mois?! Le problème est que le chien n’est opérationnel que pendant cinq ans… » Voilà pourquoi les chercheurs s’intéressent aujourd’hui à la création de « nez » artificiels, de capteurs ultrasensibles capables de reconnaître la signature olfactive d'un cancer. Olivier Cussenot confirme : « Nous cherchons à mettre au point des machines qui puissent à leur tour détecter ces “odeurs de cancer”. En espérant qu’un jour la machine fasse mieux… Mais, pour l’heure, elle n’a pas encore dépassé le chien »