Vie à l'hôpital

Les toilettes servent aussi de refuge au travail !

25 juin 2015
Si, dans 8 cas sur 10, on utilise les toilettes au travail pour leur usage courant, on s’y enferme aussi pour envoyer des SMS, lire, se détendre ou, au contraire, pour pleurer, le plus discrètement possible… Que faisons nous exactement aux toilettes, sur notre lieu de travail ? D’où vient cet intense besoin de nous isoler ? Voici quelques réponses grâce à une très sérieuse étude menée dans 13 pays (dont la France) auprès de 13500 personnes interrogées, accompagnés de témoignages d’agents hospitaliers.
Refuge dans les toilettes au travail ?
«Il m’est arrivé d’aller aux toilettes de l’hôpital pour pleurer », confie Sonia, 27 ans, infirmière dans le Morbihan, « c’était après la mort d’un patient auquel nous étions très attachés dans le service, il était tout le temps optimiste, il ne se plaignait jamais, on avait la sensation qu’il allait guérir de son cancer et puis la maladie a été plus forte que lui… » Face à ce décès qui l’a submergée d’émotion, Sonia n’avait pas vraiment d’autre endroit pour s’isoler. En salle de repos, elle croise toujours une collègue. Et ce jour là, elle avait besoin d’être vraiment seule quelques minutes et elle n’a pas trouvé d’autre lieu fermé que les toilettes…
  Sonia n’est évidemment pas la seule à s’isoler de cette manière. Selon une étude mondiale menée dans 13 pays (dont la France, l’Allemagne, le Brésil ou l’Afrique du Sud) pour une société internationale spécialisée dans le secteur de l’hygiène, 4 % des salariés avouent « se retrancher dans les toilettes pour pleurer… », 15 % s’isolent aux toilettes pour téléphoner, 12 % pour envoyer des SMS, 11 % pour simplement prendre une pause et méditer…  

« Les toilettes, le seul lieu d’intimité au travail…»

  Pierre-Yves Gomez, auteur du « Travail invisible » explique sérieusement que c'est souvent le « seul lieu d'intimité sur le lieu de travail » et que ces comportements d'isolement aux toilettes s'observent le plus souvent dans les métiers où on peut toujours être entendu, dans les open space en entreprise ou dans les salles de repos à l'hôpital ! Isabelle, aide-soignante dans un hôpital de Charente-Maritime, confirme : « quand j’ai eu des problèmes personnels avec mon mari, je ne pouvais pas tout déballer devant mes collègues, j’avais besoin de calme pour réfléchir et quand il m’appelait, si je voulais décrocher, je ne pouvais pas le faire devant les collègues, c’était impossible, car au travail il faut faire bonne figure… Cela dit, je ne sais pas si j’ai été assez discrète car je suis certaine que même aux toilettes ont m’a entendu me disputer avec lui au téléphone ! »

Pas le temps de déjeuner

Selon la même étude, 7 % des personnes interrogées avouent aussi avoir mangé aux toilettes ! « Cela peut s’interpréter par un environnement de travail de plus en plus rapide où il faut tout faire en même temps ! » explique Marc Specque, le responsable de l’enquête. « C’est vrai que tout peut s’enchaîner très vite sans qu’on ait forcément le temps de faire une pause déjeuner », raconte Mariette, infirmière aux urgences de Toulon.

Un lieu pour régler des conflits entre collègues ?

Enfin, 7 % se retrouvent aussi aux toilettes pour régler des conflits avec leurs collègues « en face à face », 7 % en profitent pour se remaquiller, 5 % lisent des magazines ou des livres ! Des activités qui ne relèvent pas purement de « l’intime », mais qui feraient mauvais effet auprès de la hiérarchie si elles n’étaient pas cachées derrière la porte verrouillée des toilettes !